PLANCHES ET TRAVAUX

Mort d’un pape



    Jean-Paul II n’est plus.

    Je ne vous apprend rien. Il faudrait être sourd et aveugle pour l’ignorer.

    Notre République “laïque” a mis son drapeau en berne et, d’un bel ensemble, Président et Gouvernement ont concélébré très “hostensiblement” la mémoire du défunt pape en la cathédrale Notre-dame de Paris. Qu’en tant que croyants ils aient manifesté leur piété filiale dans leur paroisse respective et à titre privé, libre à eux, mais qu’ils aient engagé leurs fonctions montrent le peu de cas qu’ils font d’une soi-disant séparation de l’Église et de l’État ; les préfets n’ont-ils pas été enjoints d’assister aux messes dites en mémoire du” Saint Père “ ?

    Et que lui trouve-t-on de si extraordinaire à ce pape ?

    Qu’il ait parlé des pauvres, c’est le moins qu’il ait pu faire et, d’ailleurs, qui n’en parle pas ? L’Église, avec son armada d’œuvres charitables qui lui sont autant de faire-valoir, n’a pas trouvé contradictoire que son vicaire combatte de tous ses pouvoirs la théologie de la libération ( voir ci-dessous la dépèche de l’AFP ) ( j’exclus de cette “charette “ l’Abbé Pierre qui fait des pauvres des partenaires ). Qu’il ait terrassé le dragon communiste... Tout seul ? La pourpre pontificale sent le Ketchup ! Qu’il se soit transformé en commis voyageur n’a rien de méritoire dans l’optique d’une pastorale ! Qu’il se soit excusé de l’anti-judaïsme du catholicisme romain, la repentence est à la mode et le racisme aussi...
    Jean-Paul II vient d’une Église polonaise qui doit sa vitalité à son positionnement militant anti-marxiste. Elle fera, dans l’avenir, les frais d’une liberté qu’elle a défendue, pensant qu’elle en récupèrerait les fruits.

    Et que dire de ce qui suit ?

    Le refus du droit à l’avortement et à la contraception ainsi que la question de l’euthanasie pour non viabilité ou phase finale relève d’une obstination dogmatique venue en droite ligne du “croissez et multipliez vous” et de la souffrance rédemptrice.
    Quant au célibat des prêtres et à la mixité du ministère, ceci ne nous concerne pas mais témoigne cependant du décalage entre l’actualité des questions et les réponses intemporelles qu’elles reçoivent.
Que fallait-il attendre de celui qui canonisa le 6 octobre 2002, Escriva de Balaguer, fondateur de l’Opus Dei et confesseur des époux Franco et du général Pinochet ?


Pour information
Dépêche AFP


    La Théologie de la libération

    combattue par Jean Paul II mais pas détruite

    Le pape Jean Paul II, décédé samedi, rencontra de grandes difficultés pour combattre la Théologie de la libération, doctrine privilégiant les pauvres, très implantée au Brésil, premier pays catholique au monde, et ne parvint jamais à la mettre totalement en déroute.

    Le pape venu de Pologne, investi dans ses fonctions en 1978, en pleine guerre froide, fut surpris de découvrir l'existence au sein de son Eglise d'un courant fortement influencé par la pensée marxiste et qui prônait l'engagement politique des prêtres.
Karol Wojtyla "n'a jamais compris" la théologie de la libération car son histoire personnelle de lutte contre le nazisme et le stalinisme l'empêchèrent de voir qu'en Amérique latine "l'ennemi n'était pas le marxisme", mais "les élites dépourvues de sensibilité sociale", a estimé dimanche au cours d'un débat l'ex-prêtre brésilien Leonardo Boff.

    La théologie de la libération était née des transformations introduites dans l'Eglise par la concile Vatican II (1962) accordant davantage d'autonomie aux autorités ecclésiastiques locales. Ce furent les conférences épiscopales de Medellin en Colombie (1968), Puebla et Mexico (1979) qui consacrèrent "l'option préférentielle pour les pauvres" dans l'Eglise latino-américaine.
    Cette théologie pénétra en profondeur les communautés engagées dans des luttes sociales et souvent politiques dans une région alors dominée par les dictatures militaires au sud et secouée par des guerres civiles notamment en Amérique centrale.
Ce courant a été marqué par toute une série de figures: des prêtres guérilleros comme le Colombien Camilo Torres aux évêques engagés dans des luttes sociales comme le Brésilien Dom Helder Camara et le Péruvien Gustavo Gutierez.

    De nombreux militants des droits de l'homme en firent aussi partie comme le Brésilien Dom Paulo Evaristo Arns, le cardinal chilien Silva Henriquez et l'évêque martyre salvadorien Oscar Arnulfo Romero, assassiné il y a 25 ans par les militaires.
    L'affrontement entre Jean Paul II et la Théologie de la libération trouva son illustration concrète dans la réprimande publique que fit le pape dans les années 80 au ministre de la Culture nicaraguayen le prêtre Ernesto Cardenal qui avait défié une interdiction de participer au gouvernement révolutionnaire. Mais ce fut au Brésil, premier pays catholique au monde avec plus de 125 millions de fidèles, que la diffusion de cette doctrine alarma le plus le pape polonais qui en 25 ans de pontificat, visita quatre fois le pays.
    Il procéda à un patient remplacement des évêques militants par des prélats plus conservateurs tout en contrôlant strictement les séminaires. Il eut recours à des méthodes répressives comme le silence imposé au théologien Leonardo Boff qui abandonna ensuite le sacerdoce.***

    Toutefois, le dernier représentant de ce courant au sein de l'épiscopat brésilien, l'évêque de Sao Felix Do Araguaia dans le Mato Grosso (Amazonie), Pedro Casaldaliga, 72 ans, retraité depuis la fin 2004, qualifiait récemment la théologie de la libération "d'irréversible même aujourd'hui".
    Pour ce Catalan radical, la théologie de la libération qu'il définit comme "une politisation de la foi" s'est traduite au Brésil par "l'éclosion des Communautés ecclésiales de base (CEB) et une prolifération de pastorales" (de paysans, indigènes, enfants des rues, femmes marginalisées).
    Selon lui, la pertinence de l'"option préférentielle pour les pauvres" pour le clergé a été illustrée le 12 février par l'assassinat sur ordre d'un grand propriétaire terrien d'une religieuse catholique Dorothy Stang 74 ans, qui aidait les paysans sans terre en Amazonie.
Il a noté que le courant catholique de gauche de l'idéologue Frey Betto, ex-conseiller spécial du président Lula, s'est éloigné d'un gouvernement jugé trop timoré dans un pays comptant plus de 55 millions de pauvres.

"L'Amérique latine nécessite un engagement plus social, plus politique et une dénonciation des causes de l'exclusion pour les combattre", selon Pedro Casaldaliga.

© AFP

Complété par GDU : *** Idem de l’évèque de Creatus, Nord-Est, Dom Fragoso qui fut interdit.


Pierre SELOSSE
Grand Maitre du G.D.U