PLANCHES ET TRAVAUX
ISLAM ET SOUFISME
PREAMBULE:
Le Vocable "Islam"
étant l'objet de
citations fréquentes dans cette planche, avant qu'il en soit
fait une présentation succinte, je vous en donne le sens le
plus
littéral:
"La Soumission à Dieu, l'Abandon à la
Volonté Divine."
"Allâh ": à l'origine, nom d'une des
divinités mekkoises simplement nommée " le Dieu"
INTRODUCTION:
Le Soufisme est l'une des multiples
voies issues des
philosophies ou des religions et que l'homme emprunte pour tenter
d'entrer en communion mystique avec le mystère des origines.
Pour essayer d'en faire une approche et dégager sa
spécificité, il nous faut donc aller d'abord aux
sources,
c'est à dire à l'Islam.
L'ARABIE PRE-ISLAMIQUE:
Peuplée depuis des
millénaires par des tribus sémites en
majorité Arabes, la Péninsule Arabique
( quatre fois la France ) est, en dépit des apparences, tout
le
contraire d'un espace désolé et culturellement
vierge.
L'Islam n'y est pas né par hasard.
Depuis longtemps déjà, les navires ont
commercé
par la Mer Rouge avec l'Egypte
et, par le Golfe, avec la Perse.
Les caravanes ont établi des réseaux
réguliers
d'échanges économiques et intellectuels avec Sumer
et Babylone. Le Sud Yémen
connait l'usage d'une écriture alphabétique et
maîtrise les techniques d'irrigation. La graphie Arabe y
trouvera
ses bases , fortement modifiées par celle des Araméens,
elle-même retransmise par les Nabatéens
de la ville de Pétra ( 70 kilomètres au
sud de la Mer Morte.). L'écriture arabe prendra
véritablement forme vers le VI° siècle de
notre ère.
Ainsi, jusqu'à la
révélation reçue par Muhammad,
ce coin du monde connait l'existence des civilisations antiques et
contemporaines. S'il y puise certaines techniques, il reste,
jusqu'à l'avènement de l'Islam,
profondément
réfractaire à tout système
étatique. Hors
des villes dominées par des oligarchies marchandes, il n'est
guère d'unité qu'au sein des clans familiaux que
certains
liens de parentés ou d'intérêts
provisoires
transforment parfois en tribus. Commerçants des villes,
marins,
caravaniers ou pasteurs nomades se satisfont de croyances animistes
avec une conscience plus ou moins développée
d'une
insertion cosmique plus vaste mais informulable. Esprits bons ou
mauvais, les Djins résident en certains
lieux de la
nature, sources, rochers, arbres et même parfois dans des
objets,
telle la lampe d'Aladin/'Alâ'Al-dîn.
La lune et les étoiles sont aussi l'objet de sollicitations
et de pratiques cultuelles.
Comme l'Eglise saura annexer nombre de
traditions et
lieux votifs
"païens ", l'Islam assimilera l'héritage primitif
et ses
étendards porteront les signes de l'Etoile et du Croissant
tandis que dans l'enceinte sacrée de La Mekke, la Pierre
Noire
tombée du ciel et la Source de Zemzem continueront
à
servir la manifestation divine.
LE MONDE PRE-ISLAMIQUE:
Nous limitant à l'espace
géographique
qui subira la première grande vague de conquètes
de
l'Islam, avant son expansion orientale et est-africaine, force nous est
de constater qu'hormis les foyers
Hébraïques, ce monde pré-islamique est
Chrétien. Même si Rome
le dispute aux Orthodoxes grecs, aux Nestoriens
et aux Ariens d'Asie Mineure, aux
Maronites des Monts Liban, aux Coptes d'Egypte.
Quand après être passé par l'Espagne et
le Maroc, Genséric, Roi des Vandales,
Arien lui-même, assiège Hippone ( Annaba, dans
l'Algérie d'aujourd'hui, Bône à
l'époque
coloniale ) Saint Augustin en est l'évêque( 431 ).
Dans le
Hedjaz, berceau de l'Islam, les villes de Djeddah, Médine et
La
Mekke comptent des colonies chrétiennes et juives. La
présence de communautés chrétiennes
dans le monde
musulman d'aujourd'hui n'est pas le résultat d'une mission
mais
le témoignage de leur pré-existence.
MUHAMMAD :
C'est à peu près vers
570 que Muhammad nait à La Mekke / Al Makka.
La tradition rapporte que juste avant et pendant cette naissance il y
eut des manifestations surnaturelles, notamment une forte
lumière irradiant du corps de la mère et de
l'enfant. Il
est de plus mentionné que bien qu'issu de l'accouplement
d'un
homme et d'une femme, celle-ci avait cependant conservé sa
virginité. Si l'on tient compte aussi de la similitude du
milieu
modeste auquel appartient sa famille, là s'arrête
toutes
comparaisons avec Jésus car le point de foi essentiel qui
sépare irréversiblement les musulmans des
chrétiens réside dans ces deux affirmations
dogmatiques:
"Dieu n'a pas été engendré,
de même qu'il n'a pas engendré.".
Orphelin dès l'âge
de sept ans, il est
élevé par son oncle, Abû
Tâlib dont le fils
Ali sera l'un de ses premiers disciples. Il travaille comme berger pour
le compte d'une riche veuve, Khadijâ,
qu'il épousera plus tard et dont il aura une
fille, Fâtima qui deviendra l'épouse d'Ali.
Il est très tôt l'objet de visions nocturnes dont
il ne
comprend pas l'essence et qui l'éprouvent nerveusement. Il
en
tombe malade et craint de devenir fou. L'idée du suicide le
frôle un instant. Il vivra ainsi presque quarante
années
marquées de rêves étranges, de signes
et d'appels.
Puis il traverse deux années totalement absentes de
manifestation, temps comparable à une nuit symbolique ou la
traversée d'un désert.
Enfin, alors qu'il est sur le
mont Hirâ, une nuit de l'an 612 que la tradition
fixe du 26 au 27 du mois de Ramadan,
neuvième mois de l'année islamique, il
reçoit de
Dieu l'ordre de prêcher. Se succèdent alors des
états de transes violentes. Se considérant
indigne,
Muhammad essaie de résister mais les ordres deviennent
impératifs.
" O toi qui t'enveloppe de ton manteau, debout ! Averti ! Ton
Seigneur, magnifie-le ! Tes vêtements, purifie-les ! "
Se retirant souvent pour
méditer dans la
solitude, il va tout en commençant l'enseignement, recevoir
de l'Archange Gabriel / Jîbril la parole
de Dieu ( Révèlation: Tanzîl
) qui sera consignée
dans Le Coran / Al Q' rân.
Muhammad a alors quarante ans et la
rédaction
du livre dura vingt annnées. On dit qu'il fut
écrit
à l'aide de noir de fumée sur des omoplates
blanchies de
chameaux et de moutons. Il fut définitivement
rédigé dans sa version finale en Arabe sous le
troisième Khalifat: Outman ( 644 - 656 ). Quelque
temps avant son départ de La Mekke pour l'exil, Muhammad
sera transporté au-dessus de Jérusalem
où dit-il, il connaîtra l'extase du
"septième ciel
".
Comme pour le Christianisme, le message est d'abord reçu par
les
pauvres et les exclus et tous ceux que méprise la
bourgeoisie
commerçante de La Mekke qui les exploite:
chrétiens,
juifs, esclaves, manoeuvres...etc. Muhammad a très vite la
réputation d'un agitateur et le groupe dominant
des possédants , les Quraychites, devient une
menace physique pour la petite communauté. Après
avoir été refusés à Tâ'
if, Muhammad et les siens fuient La Mekke pour Médine en
622.
C'est L'Hégire / Hijra / l'Exil. Cette année
là
sera considérée dix-sept ans plus tard comme le
début de l'ère Islamique fixé au 16
juillet 622.
Médine est alors une riche cité où
résident
une puissante colonie Juive et deux tribus Arabes
Yéménites. En dix ans, Muhammad va
réussir
à lui imposer, outre la nouvelle religion, l'institution
d'un
état et d'une société régis
par Le Livre,
tout en ayant annexé les coutumes de l'Arabie. En 624, 625
et
627, date à laquelle La Mekke se rallia, ces premiers
conflits
conduisirent à l'institution de la Guerre Sainte
ou Djihad
désignant la lutte armée pour l'expansion ou la
défense de l'Islam. A noter que la traduction exacte de ce
mot
est " efforts pour le règne de Dieu " et
qu'il peut donc
signifier aussi une démarche personnelle vers la
dignité
par la pratique rigoureuse des préceptes du Coran et par
l'ascèse.
Muhammad meurt à Médine en 632. Ses
premiers
compagnons, Alî, Uthmân, Umar et Abû Bakr
seront les
quatres premiers Khalifes / Lieutenant de L'Islam, successeur du
Prophète. Umar, convaincu
tardivemeent ( 616 ), sera le plus actif d'entre eux. Il
règne de 634 à 644 et achève la conquète
de la Mésopotamie, de la Syrie, de la Palestine ( La
Mosquée d'Omar à Jérusalem ) et de
l'Egypte.
Avant d'aborder les problèmes de succession qui vont donner
prétextes politiques et idéologiques aux divers
courants
Islamiques que nous connaissons, il est temps d'aborder le
Livre.
AVERTISSEMENT:
Etant agnostique, je ne peux porter sur
Le Livre
qu'un regard d'éthno-historien et de littéraire.
Parce
que, telle la Bible dont il reprend les principaux schèmes,
Le
Coran se présente aussi bien comme
révélation
divine que code civil, il est tout à la fois un
précieux
éclairage sur la société qui lui est
contemporaine
et la clef pour comprendre celles qui s'y nourissent, le tout
entrecoupé d'une accumulation de truismes verbeux.
Je ne peux cependant que vous inciter à en faire
vous-même
la lecture qui révèle, malgré les
imperfections de
la traduction, de fulgurantes visions poètiques.
AL Q' RAN : LE CORAN (littéralement: "La
Récitation")
"Bi esmm' Allah al rahman' al rahim ! "
"Au nom de Dieu le Miséricordieux plein de
Miséricorde ! "
" Au nom de Dieu le Clément et Miséricordieux "
Voilà approximativement
traduite l'invocation
qui précède toute citation tirée du
livre.
Le Coran est donc la Parole Incrée de Dieu
puisqu'émanant de lui et transmise à Muhammad par
l'Archange Gabriel. La Parole est donc Dieu et par
conséquent, indiscutable, inexplicable et sans appel.
Le Chapelet Chiite est composé de 99 grains comme autant de
qualificatif de Dieu, celui qui manque, le centième, est
volontairement omis car Dieu ne peut être totalement
nommé.
Le Livre est divisé en 114 Sourâtes :
Sûra / Suwar (pluriel) elles-mêmes
divisées en versets.
Sa rédaction suit un ordre contraire à la
chronologie de la Révélation.
Ainsi, les Sourâtes
où Muhammad
légifère ou prédit ( "Dieu m'a dit" ou
"Dieu dit
") se trouvent en tête . Presque tous les textes commencent
par
une courte sourâte en sept versets : Fatiha./
Chapitre d'ouverture. Il y est entre autre question de l'aide
pour rester dans le droit chemin.
Les sourâtes les plus courtes se situent à la fin
du Livre.
L'ensemble constitue un recueil de dogmes et de préceptes
moraux, source de la morale, du droit coranique / Chariha et
al' manach
de la vie quotidienne.
La rédaction du Coran en Arabe attribue à cette
langue
une nature divine. Pour cette raison , il sera difficilement
toléré de traduction en langues barbares et
uniquement
pour son étude littéraire. Le Coran est donc
toujours lu,
psalmodié et enseigné en Arabe dans tout le monde
musulman, sans exception aucune.
Les linguistes s'accordent à
reconnaitre
qu'il y a des sentiments et des concepts intraduisibles parce
qu'intimement liés à la musique des mots qui leur
confère une surcharge poètique. Si l'on
considère
le Coran du point de vue de la phonétique et de la
musicologie,
on découvre que les sons et les rythmes sont
combinés et
organisés en cellules. L'interprètation du
lecteur en
révèle plus ou moins l'existence dont les effets
touchent
les sens au delà du signifiant.
Ces subtilités n'ont bien
sûr pas
échappé à l'attention des Soufis.
Aussi n'est-il
pas rare d'entendre l'invocation du nom d'Allah
comme
l'expression d'une émotion violente et indicible lors des
lectures publiques dans les mosquées. Cette exclamation,
après avoir perdu son sens originel, est restée
en usage
en Espagne sous la forme du " Ollé ! ".
La place du Coran dans le monde
Arabe est d'une
telle importance que les mots "lire " ou "écrire "
employés sans complément signifient lire ou
recopier le
Livre.
En se situant en droite ligne dans la tradition / la Sunna
qui est avant tout celle du Prophète et dont le respect
définit l'Islam Sunnite, la communauté
musulmane / Jamâ'a, réunie au sens
religieux du terme autour de son crédo se définit
comme "les gens de la tradition et de la communauté
".
"Ahl As-Sunna wa L'Jamâa".
On peut donc dire que la
véritable orthodoxie musulmane (Moslem /
Fidèle, Croyant)
n'autorise pas l'exégèse, c'est à dire
la
discussion explicative du texte sacré et qu'il n'existe pas,
comme dans la gnose hébraîque ou
chrétienne, de
théologien mais des gardiens de la
fidélité
soucieux, jusqu'à la lettre, de veiller à la
transmission
intégrale de la parole de Dieu. Leur rôle est
aussi de
dénoncer les écarts de la
société civile
par rapport au droit coranique qui lui sert de code. Seules
les
pratiques tirées du Coran sont discutables. Peut
être
aussi l'objet d'études sous le nom de Hadîth la
tradition
relative aux actes , aux paroles et aux comportements du
Prophète.
" Ceux qui ont reçu Le Livre et le récitent comme
il
faut, ceux-là y croient." Sourâte 2 , verset 121.
" Soyez des maître puisque vous enseignez Le Livre et que
vous
l'étudiez." Sourâte 3 , verset 79.
Sous le verbe "
étudier " il faut comprendre " apprendre par coeur "
et sous celui " d'enseigner " " montrer comment on doit le
réciter ""
Quand tu les vois discuter de nos versets, écarte - toi
jusqu'à ce qu'ils discutent d'autre chose."
Sourâte 6 ,
verset 68.
Le Coran renferme les lois et limites de la science.
Dans l'univers sunnite, l'espace de
pensée
laissé aux intellectuels est donc des plus restreints et
seules
les libertés prises par certains Khalifes ont permis
l'éclosion de foyers culturels temporaires ( Les Khalifats
d'Espagne avec Ibn Arabi et Averroès / Ibn Rushd ) . C'est
donc
la Perse Chiîte qui donnera à la civilisation
musulmane
ses plus grands poètes, ses plus grands philosophes et ses
plus
grands savants. Il n'est pas jusqu'à la peinture
où les
interdits coraniques touchant la représentation humaine ou
animale n'aient été transgressés,
l'astuce
consistant parfois, entre autre, à barrer
légèrement d'un trait le visage des personnages
ou la
tête des bêtes sur les enluminures profanes ou les
illustrations du Coran:
Mignatures Persanes.
A noter que l'utilisation de
l'écriture Arabe comme motif décoratif ( Arabesques
) et les variations géométriques
sculptées par les
plâtriers découlent de l'interdit des images. La
Chrétienté connaitra, elle aussi à
plusieurs
reprises, ses fanatiques iconauclastes. Des recherches
récentes
nous révèlent que c'est auprès des Chrétiens
Syriaques de la ville de Mossoul
( nom qui n'a pas changé depuis Babylone ! ) que les Arabes
apprire l'usage de l'écriture dans l'art de la frise, des
textes
en Syriaque figurant comme tel dans les églises.
QUELQUES GRANDES FIGURES DE L'ISLAM CHIITE IRANIEN:
MATHEMATIQUES:
-Al Khwarizmi, inventeur de l' Algèbre / Al Jabr' (
Le complément ou le Remplissage ) moitié du
IX° siècle.
- Al Karagi, invente l'Inconnu Algébrique. / Chei /
La Chose.Fin du X° début du XI°
siècle.
- Al Mahani et Al BIROUNI, Résolution des
équations cubiques, même
époque que les précédents.
ALCHIMIE:
-Ayd Amor Jaldaki: Traité sur la science de la
balance. XIV° siècle.
POESIE:
-Ahmad Ghazali : Le Qitab Al Zohra / Le Livre de
Vénus ou
Qitab Al Zaha / Le livre des Fleurs car le livre était
à
double sens.Fin du IX° début du X°
siècle.
MEDECINE:
-Ibn Sina / Avicenne: Auteur du "Canon de la
médecine
", écrit en vers , base de la médecine orientale
dont
l'influence sera grande sur celle d'occident. Il sera suivi du
"Traité de la guérison "ouvrage de philosophie.
980 -
1037.
ESPRIT UNIVERSEL:
-Umar Khayyâm: Auteur du plus
célèbre recueil de poésies Persanes,
"Les Rubayyât",
dédiées surtout au vin et à l'amour.
Il dirige
aussi l'observatoire astronomique d'Ispahan et travaille sur les
résolutions des racine cubiques du troisième
degré. XI° siècle.
INFLUENCES CHIITES EN ESPAGNE SUNNITE:
Avéroès / Abu Al Walid Ibn Ruchd
( 1126 - 1198 )
Médecin et philosophe. Son interprétation de la
métaphysique d'Aristote au regard du Coran aura de profondes
répercutions sur la pensée du
moyen-âge.
MORALE ET SOCIETE CORANIQUE:
A l'exemple de nombreuses religions, Le
Livre exige
une foi sans réserve et légifère sur
la conduite
du croyant et, par là même, sur un
modèle de
société.
Bien qu'il évoque des principes de justice,
l'inégalité sociale n'y est pas remise en cause
mais le
devoir est fait aux riches d'aider les pauvres, aux plus forts de
porter assistance aux faibles et de les protéger.
Les interdits alimentaires
ne sont en aucun
cas, ainsi qu'il est souvent prétendu, dictés par
des
raisons climatiques mais symboliques: viande saignante et- porc
Quant à l'usage des boissons fermentées, il n'y
figure
pas d'interdit mais des conseils de tempérance.
Le statut de la Femme
dont nous avons raison
de dénoncer l'archaïsme était, en son
temps, un
progrès sur les lois anciennes. S'il
tolère quatre épouses, Le Livre recommande la
monogamie à qui craint de manquer
d'équité.
Il institue un droit des épouses contre les abus et les
conséquences de la répudiation. Il donne aux
femmes des
droits successoraux.
En matière religieuse, il en fait l'égale de
l'homme dans
la pratique de toutes les obligations de la Foi, même celle
du
pèlerinage à La Mekke, à condition
qu'elle soit
accompagnée par un parent. Dès le
deuxième
siècle de l'Hégire (vers 800 de notre
ère )
certaines d'entre elles ont enseigné la théologie
et
prêché dans les Mosquées. La plus part
venaient
d'Irak, de la région de Basrha.
André MIQUEL, grand
spécialiste des
études Islamiques constate que même avec une
certaine
condescendance, Le Coran consacre le droit de la Femme au bonheur. Mais
n'ayons pas la mémoire courte et souvenons-nous de la lutte
des
femmes dans nos propres sociétés pour
acquérir les
droits qui sont les nôtres.
L'Eglise n'a-t-elle pas réuni des conciles pour statuer sur
la réalité de leur âme?
Concernant les activités
économiques,
Le Livre ne porte aucune condamnation sur l'exercice du commerce mais
sur le mauvais usage de la richesse. Par contre, il interdit
formellement le prêt usuraire.
Si l'Islam a fait preuve d'une souplesse d'adaptation aux
réalités économiques en
dépit du Coran, il
n'en est pas de même quant au sort des Femmes dont on peut
dire
qu'il en a restreint les libertés.
LE MUSULMAN FACE A DIEU:
Le Musulman ne dispose pas, comme le
Juif ou le
Chrétien, de l'assistance d'une
éxégèse
pour soutenir sa foi ni la possibilité d'avoir recours
à
une direction spirituelle institutionnelle.
Il est seul face à
Dieu.
Personne ne peut décrypter pour lui Le Message Divin.
La direction des âme consiste à renvoyer
le
fidèle à la Sourâte et au verset
appropriés
à une situation donnée.
" Vois les versets que nous leur adressons, peut-être
comprendront-ils? " Sourâte 6 , verset 65.
UNE RELIGION SANS CLERGE:
Tous les Musulmans sont clercs
puisqu'il n'y a
pas de clergé, mais il est encore plus juste de dire que
dans le
monde Islamique , il n'y a pas de laïc.
Sans structure centralisatrice à l'image de l'Eglise
Catholique,
la cohésion est l'oeuvre du Livre. Il en est ainsi du
Judaisme
et des Eglises Réformées.
L'Alim / pluriel: Oulémas , Celui qui
détient la connaissance religieuse,un Docteur de la foi.
L'Imam / Celui qui est devant , n'est que le croyant
qui dirige la prière collective. Il peut aussi
être le chef d'une communauté.
C'est dans ce dernier sens qu'il est utilisé
par les sectes Chiîtes pour désigner les
descendants
d'Alî et de Fâtima, fille du Prophète.
Le Muezzin / Mu'adhdhin: Celui qui est
chargé de "l'appel à la
prière " / Adhân:
" Allah ou akbar oua Mahmad rassoul Allah ! "
" Dieu est grand et Muahamad est le prophète de Dieu ! "
Le Mufti / Juge ( en turco-arabe ). Il donne son
avis ( Fatwâ ) s'il est
consulté sur un point de droit.
Le Cadi: Il rend la justice en matière
civile et
pénale dans les questions considérées
en
étroit rapport avec la religion.
Le Mollah: Titre honorifique donné aux
docteurs de la loi Chiîte.
Le Marabout / L'homme du Ribât, la forteresse.
C'est le nom donné en Afrique du nord aux saints hommes et,
par extension, à leur tombeau. Le Ribât
était une place forte défendue par
l'équivalent de nos Templiers.
LES OBLIGATIONS DE LA FOI:
- La Foi / Imân est soutenue par cinq
piliers / Arkan ( origine du mot arcane ) qui sont:
- Le Témoignage et l'Affirmation de la Foi /
Chahâda
" Lâ ilaha Allâh ! / Il n'y a de dieu que Dieu ! "
- La Prière / çalât,
précédée d'ablutions rituelles, et que
l'on récite cinq fois par jour.
"Bi esmm' Allah al rahman' al rahim ! "
"Par le nom de Dieu, Le Clément, Le
Miséricordieux ! "
La récitation se fait toujours en direction de La
Mekke / Qiblât.
La Prière qui est
une lecture ou une
récitation coranique en commun dite le vendredi à
la
Mosquée / Masjid est une recommandation quasi
injonctive. L'Imâm,
placé devant l'assemblée des fidèles
n'est que le
guide de prière collective. Il n'a en aucun cas le statut de
prêtre. Dans la Mosquée, l'orientation
vers La Mekke est indiquée par une niche
décorée / Mihrâb.
Le sermon / Khutba, prononcé en chaire /
Minbar, est un élément essentiel de l'office.
- Le Jeûne /
çawm ( continuation des pratiques juives et
chrétiennes ) est suivi pendant la période
spécifique du mois de Ramadan / mois de La
Révélation dont la fin est
marquée par l' îd - Aç -
çaghîr / Petite fête. C'est la
réunion mystique de tous les Musulmans à
contrario de l'îd - Al - Kabîr / grande
fête, rassemblement physique des croyants
à La Mekke.
- Le Pèlerinage aux
Lieux Saints de La Mekke/ Hajj
est recommandé à tous les Musulmans
dès qu'ils en
ont la force et les moyens. Il a lieu du 7 au 13 du mois de
Dhû
L-Hijja, le dernier de l'année musulmane. L'ensemble du
territoire de La Mekke est tabou c'est à
dire à la fois sacré / Haram
et interdit aux infidèles. Avant d'y accéder, il
faut revêtir l'Hiram constitué
de deux pièces d'étoffe sans couture.
Le coeur du Sanctuaire se
présente sous la
forme d'une vaste esplanade close, au centre de laquelle se dresse La
Ka'aba / Le Cube.
Cet ancien temple des croyances pré-islamiques est recouvert
de
brocart noir renouvelé tous les ans. Encastrée
dans l'un
de ses angles se trouve La Pierre Noire.
Non loin de là, dans
l'enceinte, coule la source de Zemzem
près de La Pierre d'Abraham sur laquelle
il monta pour réparer le toît du temple.
- L'Aumône /
çadaqa ou zakât
faite à titre individuel et privé ou dans le
cadre d'une
contribution aux dépenses de la collectivité. Sa
pratique
intégrée à la spiritualité
est une
assimilation des traditions de
générosité et
d'hospitalité de l'Arabie " païenne".
Ces cinq devoirs sont aussi appelés
" Les Emblèmes de L'Islam / Cha'â'ir ".
LES SCHISMES ET LES COURANTS DE L'ISLAM:
Comme toutes les religions dont
l'initiateur ou les
premiers successeurs se confondent avec un pouvoir temporel
étatique, l'Islam n'a pas dérogé aux
querelles
d'héritage.
Mon propos n'est pas d'aborder ici la genèse de ces luttes
mais,
par de courtes définitions, de vous présenter les
principaux courants qui en ont résultés.
- Le Sunnisme, majoritaire,
dont nous
venons déjà d'évoquer la nature
essentielle. Il
accepte, dès l'origine, comme sucesseurs du
Prophète, les quatres premiers Khalifes, les
Umayyades et les Abbâssides.
- Le Chi'îsme / Ski'
at Ali ( Prendre le parti d'Ali ) C'est le principal schisme
de l'Islam. Il conteste la confusion du spirituel et du temporel dans
les pouvoirs des Khalifs et invente
dès le VII° siècle le mythe du Mahdi /
Celui qui est
guidé par Dieu , et ce, en la personne du
douzième et
vrai descendant du Prophète par sa fille, l'Imam Muhammad
ibn Al
- Hassan Al - Askari. Cet être messianique est
censé
revenir à la fin des temps pour instaurer le
règne de la
Justice et du Pur Islam. C'est le dogme de l'Imam
caché.
Le Chi'îsme n'occulte pas
l'expression des
passions et des sentiments. Il honore ses Saints et ses martyrs (
Hussein / Hassan
) et considère qu'un pèlerinage à leur
tombeau est
de valeur égale à celui de La Mekke. Par sa
principale
localisation en Iran, le Chi'îsme a reçu une
profonde influence du Zoroastrisme.
Les Alawites ou Alaouites , membres d'une secte
chiite
fondée au IX° . Ils voient en Ali, l'incarnation de
la
divinité.( Réfugiés en Syrie au
X° et XI°
siècles.)
( Sous le mandat français: Territoire des Alaouites 1920 -
1941 )
L'Ismaëlisme,
Ismail, 7° Imam des Ismaeliens, mort à
Médine en 762, branche minoritaire du Chi'îsme qui
fait de ce septième Imam, l'Imam caché.
Ce courant se distingue par la primauté qu'il donne
à l'ésotérisme / Al
Bâtin.
Muhammad n'y est plus le dernier
prophète puisque le Mahdi
surpassera son oeuvre. L'Ismaëlisme, dans son rapport au
principe
de l'initiation via des maîtres et des disciples
co-optés
n'est pas sans évoquer des similitudes avec la
Franc-
Maçonnerie. Les Ismaëliens, au delà du
dogme
Musulman, reconnaissent la vérité relative de
toute
religion ouvrant des champs d'interprétation symbolique.
Les Mu' tazilites ( Mu' tazila,
en arabe " ceux qui se séparent" ) doctrine
islamique fondée au VIII° par l'acète
Wacil ibn'ata
( mort en 748 ) Elle fait appel à la raison comme source de
la
connaissance religieuse. Elle affirme la liberté de l'homme
dans
ses actes et dissocie Dieu du Coran et de la parole. Seule la
raison dicerne le bien et le mal, Dieu se chargeant de
récompenser ou de punir.. Combattue, elle disparait
à la fin du IX°.
Les Assassins ou Hachichiyyins,
ennivrés de hachisch, secte issue du Chiisme et
fondée par Hasan Ibn Al Sabbah/ Le Vieux de la
Montagne
( Mort à Alamut en 1124 ); Joue un grand rôle lors
des
Croisades; Alamut ( Nid d'aigle ): forteresse de Perse, au N.O de
Qazvin, dans les monts Elbeurz ou Elbrouz, fondée en 868 et
qui
servit de résidence aux Grands Maîtres des
Assassins de
1090 à 1256.
Les Wahabites, mouvement puritain fondée
par Ibn Abd'Al Wahab ( 1703-1792 ) Début de la dynastie des
Saoudi ( Arabie Saoudite )
Les Ibadites, version tolérente de
l'Islam répandue dans l' émirat d'Oman par l'Imam
Iba, ( XIX°)
LE SOUFISME:
Il est permis de penser que
l'objectif du
Soufisme est d'approcher avant la mort un niveau de
spiritualité
libérant l'esprit prisonnier du corps et de ses servitudes.
Dieu aurait volontairement créé l'homme imparfait
pour
qu'il parcoure le chemin de l'initiation.
Dès les premiers temps de
l'Islam il se
trouve des croyants que le message du Coran et l'enseignement de
Muhammad laissent sur leur faim.
Le commentaire du Livre étant interdit et, même,
inconcevable, " La Perfection c'est que tu adores Dieu comme si tu le
voyais, car Dieu te vois." Muhammad.
Il leur faut donc, sans s'écarter de La Parole /
Dieu, trouver la voie qui mène à
l'extase, c'est à dire hors de soi dans la communion avec
L'Etre Parfait.
Dans leur amour du beau,
l'esthétisme
étant une des manifestations du Divin, et leur renoncement
aux
biens materiels, les soufis sont assez proches, dans l'esprit, des
Bénédictins d'une part et de l'autre, des
franciscains.
L'une des origines présumées du mot "Soufi"conforte
cette dernière comparaison car la laine
, en Arabe, se dit "Soufi "dont étaient faites les robes de
bure qu'ils portaient.
L'autre source du mot viendrait d' "Al
Soufa" ou "Al Saouf", nom de la banquette
sur laquelle s'asseyaient les croyants dévots dans la
Mosquée de Médine.
Quelle qu'en soit la vérité, n'est-il pas lieu de
se rappeler qu'en grec, Sage se dit "Sophis"?
L'Islam ne connait pas le monachisme
mais
l'existence de groupes de réflexion philosophique et
mystique ,
parfois politique et qu'on appelle des Confréries
et qui n'ont pas pour autant de réalité physique.
Le Soufisme n'est à l'origine
que la
démarche de quelques individus dans une relation de
maître
à diciples. Ce n'est qu' au XV° siècle
qu'il va
générer des communautés de vie
à
caractère institutionnel. Au sein de ces collectifs, les
femmes
ont animé des cercles culturels et assuré
l'accueil des
pélerins en voyage.
Exception faite en Inde, le Soufisme se tient à
l'écart
du politique.
C'est parce qu'il professe à la fois l'esprit de
tolérance et celui de réserve qu'il est
présent
dans les deux Islams ( Sunnite et Chi'îte ).
Il a même
été
considéré pendant un temps comme un refuge
mystique
devant la menace que faisait peser sur l'Islam la reconquète
Chrétienne de l'Espagne et les Croisades, ainsi que
l'imminence
de l'invasion Mongole qui allait déferler sur Baghdad.
Suite et Fin du Mois de
Décembre
ISLAM ET SOUFISME