PLANCHES ET TRAVAUX



LA MYSTIQUE SOUFIE:

    Elle lévite au-dessus des particularismes culturels, qu'ils soient de Perse, de l'Inde, d'Asie Centrale, du Moyen Orient, du Maghreb et d'Espagne. . Son exigence la rend universelle. Elle est un pont entre l'Orient et l'Occident.

" Les signes de Dieu sont divers et multiples; il faut les rechercher dans un esprit de gratuité et non par désir de récompense." Pensée Soufie.

    Du VII° au XV° siècle de notre ère, le Soufisme a connu une floraison de mystiques dont l'élévation spirituelle n'a rien à envier à leurs homologues Chrétiens et Saint Jean de la croix, Sainte Thérèse d'Avilla n'auraient pu renier certains de leurs textes.

    Entre l'extase et la prière, le Soufisme est une tention vers l'absolu. Ibn' Arabi, surnommé le Sultan des gnostiques, poète du XII° siecle, né en Espagne et mort à Damas, le definit comme le chant de l'ardent désir.
    A la lumière il associe la connaissance, à la chaleur il associe l'amour. Au même moment, Roumi, théologien et savant d'origine Persane écrit:
" Ma vie se résume ainsi: J'étais cru, puis cuit; aujourd'hui je suis brûlé." rejoignant ainsi son contemporain Maître Eckart, dominicain Allemand qui, parlant de l'acèse affirmait: " je suis calciné ".
    Cette extraordinaire tension vers l'entité créatrice exacerbe les facultés de l'imaginaire et donne à ceux qui en font l'expérience une perception quasi cosmique. Roumi pourra dire, sept siècles avant Jolliot-Curie:
" Un Atome contient plus d'énergie que le soleil " ou encore: " Depuis les galaxies non encore découvertes le moindre geste est perçu et porte à conséquence."
et de conclure: " Tout est une parcelle de la Divinité."

    Il n'est pas pensable de parler du Soufisme sans évoquer, par leurs textes, ces deux autres grandes figures que sont au VII° siècle La Poétesse et sainte de l'Islam, Râb'iah, et cet autre poète du IX° et X° siècle que fût Hallâj ( emprisonné et mis à mort pour ses théories sur le mariage de l'âme à Dieu.)

    De la première, parlant de Dieu, je vous livre ceci:
" Je ne l'adore ni par crainte de l'enfer ni par la volonté de connaitre son paradis mais par amour et désir de le rencontrer."
Ou encore cette réponse faite à un homme âgé dont la vie avait été un exemple de droiture et qui lui demandait quel péché il avait encore à combattre:
" Hélas ! mon fils, ton existence est un péché auquel nul autre ne saurait se comparer." Quant à Hallâj, il affirme:
" Quiconque énonce que Dieu est Un lui associe un autre." " Dire - un Dieu revient à adorer deux dieux".

MUSIQUE ET SOUFISME:

    Bien qu'il existat des chants, c'est Roumi qui introduisit dans le rituel la Musique comme un langage abstrait à part entière dans l'expression religieuse de l'Islam. II insista d'ailleurs pour qu'il en soit joué à son enterrement.
    On dit que l'idée lui en vint pour avoir été soutenu dans sa méditation par le martellement aigu et lancinant qui montait de l'échoppe d'un orfèvre. Il y vit l'importance du rythme respiratoire sur celui de l'invocation. Mystique méditative, le Soufisme a très vite établi des rapports entre la musique, la respiration et les états de réceptivité.
    L'utilisation du Naï, flûte de roseau n'est pas sans rappeler par le son et la symbolique le Kén Japonais dans la pratique du Zen.

    Le Naï a 16 tailles différentes correspondant à 16 registres.
Huit sont habituellement utilisés en Turquie en deux grandes catégories;
Les graves et les aigus.
    Le Naï est considéré comme l'instrument primordial et sa fabrication par le joueur lui-même est une épreuve de purification.
En effet, pour que le souffle passe et que le son puisse naître, il faut percer au fer rouge les voiles que constituent les noeuds du roseau. Ainsi l'homme doit perdre aussi ses voiles pour résonner du pur amour de Dieu.
Complété du son du Rebab, instrument à archet et du Bendîr, tambour en peau de chèvre, la musique ne pouvait qu'immanquablement mener à la danse.

LES DERVICHES TOURNEURS:

    La plus célèbre confréries de Derviches / Pauvres en Persan , réside dans la ville de Konya, en Anatolie, qui fut la capitale de l'empire Seuljoukide. Le Soufisme s'est très rapidement développé en Turquie et son apogée s'est confondue avec celle de l'empire Ottoman. La Pensée Soufie y nourissait tous les arts, eux-même enrichis par la diversité des peuples. Entre l'extase et la transe, pratique chamanique héritée des ancêtres des steppes, la rencontre était inévitable.

    Réunis en un lieu appelé Tarîqah et qui est aussi le nom donné à la confrérie et qui signifie " La Voie ", les Derviches sont vêtus de blanc, couleur de pureté. Ils sont recouverts d'un grand manteau noir qu'ils laissent tomber au sol au moment de danser pour signifier qu'il s'agit d'une seconde naissance. Ils sont coiffés d'un bonnet conique de feutre beige symbolisant la Terre. Ils dansent au nombre minimum de neuf à cause des neuf planètes, à dix-huit ou à vingt-sept. Ils tournent de plus en plus vite sur eux-mêmes tout en décrivant une éllipse qui est la représentation du mouvement terrestre autour du soleil., ce qui, soit dit en passant, se pratiquait bien avant Gallilée. Union totale de l'âme et du corps ou l'inverse ? ce n'est pas moi qui trancherai.

DEUX METAPHORES EN GUISE DE CONCLUSION:

Elles sont extraites d'une compilation de textes Soufis recueillis par Mounavi au XV° siècle. La première est précédée de cette assertion:

" L' homme doit retrouver sa mémoire antérieure " allusion à un verset du Coran qui dit:
" Avant la création de l'homme, Allah interrogea les âmes avant de les placer dans les corps. Ne suis-je pas votre Seigneur? "

La Métaphore du Paon.

    Un roi qui trouvait le Paon trop orgueilleux le fit enfermer dans un sac d'où ne dépassait que sa tête. On le nourissait là tous les jours. Il finissait par prendre l'habitude de sa nouvelle situation. Il pouvait voir la nature autour de lui, sentir les parfums et le vent dans les plumes de son aigrette. Mais un jour, il entendit chanter des oiseaux, alors il se souvint et fut très malheureux.

La seconde a pour titre: L'Interprétation du Monde.

    Un jour un Sage Soufis invita des gens à découvrir quelque chose qu'ils n'avaient jamais vu. Il les fit entrer dans une salle complètement obscure, la porte en ayant été soignement refermée. Au bout de quelque temps, certains s'enhardirent et cherchèrent à tâton à satisfaire leur curiosité.
" C'est une sorte de tuyau "dit l'un tandisqu'un autre criait:" mais non, c'est comme un éventail " Un troisième affirma qu'il tenait un pilier, et le dernier jura qu'il s'agissait d'un trône.

    Alors le Sage fit la lumière et tous virent leur premier éléphant. Il en est ainsi des errements pour approcher la compréhension de l'Unicité du Monde.

Pierre Selosse
Grand Maitre du G.D.U