Un procès à la France
Quel démocrate sincère cautionnerait aujourd’hui une expédition coloniale ? Aucun, bien sûr. Quel être épris d’équité admettrait le concept d’esclavage ? même réponse. Faire grief aux français d’aujourd’hui des méfaits des générations précédentes, c’est nier la capacité de tout peuple au progrès moral. Sans doute, une part regrétable de l’électorat, situé à droite de l’hémicycle politique, cultive, sans complexe, un racisme ordinaire. C’est la raison pour laquelle, en prévision des élections présidentielles à venir, l’UMP, sous l’impulsion de Nicolas Sarkozy, vient d’élargir son râteau. La loi sur la reconnaissance de l’action positive du fait colonial n’a pas d’autre objectif que de rabattre, vers la majorité conservatrice, les ultranationalistes de tous bords. Il n’en fallait pas plus pour alimenter la polémique et les médias.
Sommée de s’expliquer mais, surtout, de se repentir à la barre du Tribunal de l’Histoire, la France doit faire face à une vague d’accusations instrumentalisée par des procureurs dont le moins qu’on puisse en dire est qu’ils manquent de rigueur. À l’exemple des tribunaux populaires révolutionnaires, ils ont déjà décidé du verdict. On peut s’interroger sur la spontanéité de leur démarche et se demander qui, réellement, les commanditent.
Mon propos n’est pas ici de plaider pour la cause coloniale, ni d’occulter les atrocités commises. Il n’en est pas moins vrai que des hommes de bonne volonté, loin de toutes pensées mercantiles, ont témoigné d’une humanité généreuse dans cette entreprise condamnable. Les inquisiteurs bien-pensants ne paraissent pas être capables de prendre en compte le décalage chronologique et l’état des mentalités afférentes. Mais peut-on demander à des agitateurs d’avoir les scrupules d’un historien honnête ? Quelles qu’en soient les raisons, l’histoire ne se révise pas.
Il faut donc leur rappeler ce qu’ils savent pourtant, à savoir que la traite n’aurait jamais prendre une telle dimension sans la complicité même de l’Afrique. Et que dire du rôle des négociants arabes qui, de la Mauritanie à Zanzibar , approvisionnaient les Émirats du Golfe Persique ?!
Qui plus est, qui peut prétendre ignorer l’état d’esclavage dans lequel sont encore tenus, aujourd’hui, des millions d’hommes, de femmes et d’enfants ?
Les empires ne sont pas morts et le sursaut révolutionnaire d’une partie de l’Amérique Latine est là pour en attester. En Afrique, les potentats voyous et ensanglantés n’ont pas l’heur de déranger outre mesure les nouveaux justiciers. Les difficultés rencontrées par nombre de dirigeants dans la gestion des anciennes composantes territoriales de l’ex-empire français devenus états souverains, conduisent opportunément certains d’entre eux à chercher, dans le fait colonial, la raison de leurs échecs. Les guerres interethniques ont elles aussi les mêmes fonctions.
Le présent est suffisamment riche en coupables pour ne pas avoir à pointer d’un doigt accusateur les premiers coups de massue à l’entrée des cavernes.
Le Collectif du GDU