Internet : Liberté en Sursis


    Depuis 1789, la France s'arroge le monopole du concept de liberté.
    Depuis 1789, ses législateurs n'ont de cesse que de l'amender.

    L'exercice des libertés individuelles se voit limité par des lois dites de protection qui placent le citoyen dans un rapport de tutelle. L'omni présence du policier et du juridique interfère de plus en plus dans sa vie quotidienne et cette ingérence, hélas ! donne raison aux auteurs visionnaires les plus pessimistes. La censure se porte bien. Cependant, les coiffeurs de la pensée ne manient plus la paire de ciseaux mais un code pénal pléthorique sans cesse augmenté d'infractions nouvelles restreignant le champ du libre-arbitre des individus. En écho à l'extrémisme sectaire, on assiste à la naissance de l'intégrisme juridico-constitutionel. L'ingérence sécuritaire se pratique maintenant, sans distinction, et aux motifs les plus futiles, autant dans la vie publique que privée, à grands renforts d'écoutes téléphoniques, de caméras, le tout renforcé par un maillage du territoire tissé par les différentes polices, la gendarmerie, les renseignements généraux et dont les effectifs respectifs sont en augmentation constante.

    Il fallait bien qu'un jour, le fabuleux outil de liberté d'expression et d'échange que sont les réseaux Internet fasse l'objet d'une attention particulière. Il ne pouvait en être autrement. Il n'est pas tolérable qu'un sujet lambda puisse communiquer, sans contrôle aucun, avec des millions d'autres, à l'échelle planétaire. Les dictatures ont pris très tôt la mesure du danger quant à leur survie et, de la Tunisie à la Chine, les pouvoirs mènent la chasse aux contestataires. Quant à nous, la manière de faire étant plus insidieuse, nous nous réveillerons un matin dans l'obligation d'en passer par des portails officiellement référencés et, qui sait ? taxés d'un droit supplémentaire d'utilisation. Nous paierons pour ne rien dire.

    Cette application de l'informatique supprimant les frontières et les obstacles économiques tels que frais d'impressions et de poste offre trop d'avantage aux diffuseurs d'idées pour qu'elle ne soit pas perçue comme un risque majeur par les pouvoirs en place.

    Il y a gros à parier qu'ils n'en resteront pas là.
    La contre-attaque a déjà commencé.

    A l'étude, il est question de faire un distinguo subtil entre la correspondance entre deux personnes, et les envois en listes. On peut légitimement se demander, en procédant à des envois individuels, à partir de quel nombre un contenu identique tombera sous le coup d'une interdiction. Il y aura sûrement lieu de légiférer afin d'accorder une dérogation pour les voeux de fin d'année...
Les pressions exercées sur les fournisseurs d'accès afin de les rendre juridiquement responsables des contenus des espaces de stockages personnels ( pages perso ) génèrent chez les différents partenaires un phénomène d'auto-censure dont les journalistes, les écrivains et les créateurs de toute expression sont déjà victimes.
    Les moyens de contrôle sont déjà opérationnels. Ils ont été concédés à une société de droit privé dont l'exploitation des informations recueillies sont susceptibles d'être utilisées à toute fins. Une commission de surveillance n'aurait pas plus d'efficacité que le dit " secret de l'instruction ".

" Internautes de tous les pays, unissez-vous ! "
Ce combat ne fait commencer.