Une transparence nécessaire
" Franc-Maçonnerie ", nom
toujours évocateur de mystères et qui sent
encore le soufre dont l'Eglise de Rome l'a gratifié par
l'excommunication de ses membres. Pouvoir occulte ? Parfois, mais
doit-on laisser le champ libre aux courants intégristes
anti-laïques
qui n'hésitent pas à "noyauter" les institutions
d'une république de
plus en plus méconnaissable en
référence aux valeurs prétendument
défendues ? Le Grand Devoir Universel estime, quant
à lui, qu'il vaut
mieux afficher son identité Maçonnique et ne rien
cacher d'un programme
dont l'avantage est qu'il détermine sans
équivoque la position des uns
et des autres face à un choix de
société. Difficile, en effet, de
s'affirmer partisant d'un moyen terme en matière de justice
sociale, de
respect des libertés individuelles,
d'équité économique. Il est plus
que temps que la Franc-Maçonnerie fasse la
lumière sur elle-même en
proclamant son idéal, en s'expliquant sur sa
méthode et en démythifiant
son fonctionnement. Encore faut-il que, pour ce faire, elle ait pris le
temps de réfléchir à son
identité, résolu ses contradictions et qu'elle
se soit débarassée, en conséquence, de
ceux qui la dénaturent en
faisant d'elle un outil au service de leurs
intérêts personnels.
Réformer, c'est
Être capable de changer la forme pour mieux servir le
fond "Impossible ! " vont s'exclamer en chœur les
Maçons de toutes
Obédiences ; ce serait trahir le caractère
initiatique de
l'institution. Quant à la mettre à l'abri des
recrutements douteux,
nulle entreprise humaniste ou religieuse n'a réussi
à s'en prémunir. A
cela nous répondrons que l'esprit de réforme,
pourvu qu'il ne soit pas
l'expression passagère d'un souci de rigueur mais un
état constant
prenant en compte la permanence des turpitudes humaines, doit
être une
composante essentielle de toute communauté régie
par des lois.
La démocratie n'est pas une idéologie,
c'est un système au service d'un choix de
société.
Est-ce à dire qu'il faille
établir, au sein des appareils, des
commissions permanentes d'épuration ? Pouquoi pas, s'il
s'agit de
sanctionner des comportements incompatibles avec la philosophie
Maçonnique. Il n'est pas, dans ce cas, inutile de rappeler
que l'entrée
dans une obédience résulte de la
démarche d'un être libre, informé et
responsable. La confiance que les autres lui font a valeur d'un contrat
réciproque qui peut être rompu
unilatéralement. On peut donc quitter de
soi-même la Franc-Maçonnerie comme on peut en
être exclu. Nous n'avons
pas de peine à imaginer la teneur des hauts cris
poussés par les
champions d'une conception de la démocratie qui confond deux
concepts :
l'outil et l'objet de cet outil. La démocratie n'est pas une
idéologie,
c'est un système au service d'un choix de
société. A voir ce que l'on
tolère en son nom laisse à craindre quant
à ses chances de survie. Tout
accepter à son enseigne, c'est en oublier la
finalité, à moins qu'elle
n'ait d'autre intérêt que d'offrir, à
un plus grand nombre, un champ
d'exercice du pouvoir. Cela explique pourquoi, de façon
récurrente, la
démocratie accouche régulièrement
d'une dictature.
L'épreuve du miroir
Il serait salutaire que la
Maçonnerie, dans son ensemble, sans
trahir son identité, particulièrement pour les
Obédiences opératives,
s'interroge sur ses dérives et la concordance de son
vécu avec la
mission qu'elle s'est assignée dans le monde profane.
Qu'elle accepte
de se soumettre à l'épreuve du miroir comme il
est procédé lors des
Initiations de profanes et que, tenant compte de l'état des
choses,
elle se dote de nouveaux outils et qu'elle réactualise les
anciens.
Mais elle ne peut y parvenir en se bornant à
gérer l'héritage du passé.
La tentation du repli identitaire reste forte. Les discussions que nous
avons eues à ce sujet avec des Maçons de
sensibilités diverses ont en
majorité tourné court. L'idée de
procéder à un état des lieux n'est pas
seulement ressentie comme une atteinte à
l'intégrité des Obédiences
mais encore comme une menace envers les individus. Le libre arbitre
n'apparait guère faire partie du caractère
Maçonnique. Nous avons même
fait l'objet de réactions agressives nous donnant la mesure
d'un
conservatisme qui ne relevait pas, hélas ! de l'exception.
La Maçonnerie doit être évolutive
Pour le Grand Devoir Universel, la
Maçonnerie est par nature nécessairement et
intrinsèquement évolutive. Cette conviction ne
semble pas être partagée par toutes les
Obédiences, de même que les trois assertions qui
suivent :
- Le
Savoir n'est pas un dogme,
- Le
Rituel n'est pas un Culte,
- Le
Règlement n'est pas une Religion.
La sacralisation fait obstacle
à toute pensée prospective et rend vaine
toute étude et toute analyse puisqu'elle implique
l'irrecevabilité des
initiatives visant à modifier, compléter, voire,
contester l'état des
choses. La fonction première du Rituel est d'être
un langage symbolique
communautaire. Spécifiant le travail Maçonnique,
il doit aussi s'en
enrichir. Le Règlement contribue à la
cohérence des équipes du
chantier. Le Savoir n'est jamais acquis.
Un Cousinage peu
recommandable
La fascination qu'éprouvent
certains Ateliers pour l'Institution
Compagnonnique et son histoire pèse lourdement quant
à l'immobilisme
latant. Il est donc prioritaire à nos yeux de rappeler
quelques traits
essentiels du Compagnonnage incompatibles avec les idéaux
Maçonniques :
- L'exercice de monopoles relatifs aux
spécialités professionnelles.
- Le découpage territorial
correspondant à des zones réservées
aux
diverses cayennes et dont la défense n'excluait pas les
crimes de sang.
- La sacralisation des savoirs transmis
par le moyen des initiations liées au secret.
- La collusion entre le degré
de savoir et celui de pouvoir.
- L'instauration d'une aristocratie du
travail avec son lot d'inégalités.
- Le fonctionnement maffieux des
Confréries : assistance assurée contre
obéissance inconditionnelle.
N'y trouvons-nous pas là tous
les ingrédients d'un régime fasciste
et corporatiste ? Les Maçons manqueraient-ils de
mémoire ou de culture
? C'est à croire. Le Compagnonnage, pris au pied de la
lettre, est un
obstacle à une évolution qu'il perçoit
comme une contestation de
l'ordre établi. L'Artisanat comme la Paysannerie n'ont
jamais
constitué, en France, l'assise d'un courant politique
contestataire et
fondamentalement révolutionnaire, mais tout au plus, la
clientèle
d'agitateurs oportunistes exploitant des revendications sectorielles
pour s'offrir des sièges de députés.
De programme ? Point ; ou le
retour à l'Etat pétainiste
prôné par les intégristes et le courant
nationaliste, le tout concrétisé par la
Médaille du Travail, le prix
Cognacq-Jay et le passeport national. Le syndicalisme n'est pas
l'enfant naturel du Compagnonnage.
Prière de ne pas réveiller
Ce pourrait être,
hélas, la devise de certains. Ce modèle d'Homo
Maçonnicus existe ; nous l'avons rencontré. Le
poids de l'habitude et
de la tradition verrouille sa pensée. Ses Tenues
bimensuelles rythment
sans surprise le cours de sa vie qui n'en semble pas
affectée. La
camaraderie des Agapes éclaire un peu la grisaille des
travaux quand
tombe sur l'Atelier le sommeil que la lecture de planches aux sujets
cent fois ressassés ne parvient plus à dissiper.
Seules ruptures dans
cet univers concentrique, l'élection d'un
Vénérable et de son collège
d'officiers ou l'initiation d'un postulant. Dans le premier cas
surgissent soudain les ambitions qu'on croyait mortes ; dans l'autre,
un relent de bizutage au Rituel banalisé.
Nul n'est
propriétaire de l'Idéal Maçonnique
A l'inverse de certaines
Obédiences qui nous en gratifient, nous nous
garderons bien de brandir l'anathème et de fulminer
à leur égard la
moindre excommunication. Qu'en serait-il alors de la vertu de
tolérance
? Qui peut prétendre à l'orthodoxie d'un courant
de pensée
pluri-centenaire (les cinq mille ans étant d'ordre
symbolique) aux
avatars multiples, preuve irréfutable de sa
vitalité ? En verité, quand
des institutions craignent la nouveauté, c'est qu'elles sont
malades, à
l'image de la société d'aujourd'hui. Nul n'est
propriétaire de l'idéal
Maçonnique, Il appartient au patrimoine philosophique de
l'Humanité.
Reproche-t-on aux Eglises de s'être partagé Dieu ?
Il existe encore,
dans les Loges, des hommes et des femmes libres. Comme nous savons les
accueillir, ils et elles sauront nous recevoir pour échanger
nos
réflexions et optimiser nos travaux.
On ne protège pas les
idéaux avec des remparts, on les vit.
Pourquoi avoir
créé le Grand Devoir Universel ?
Nous justifions la création
de notre Loge-Atelier " Le Grand Devoir
Universel " du fait de n'avoir pas trouvé au sein des
Obédiences déjà
existantes, l'outil qui convenait à nos convictions
philosophiques et à
notre conception d'une éthique socio-politique. Paraphrasant
Antoine de
Saint Exupery, nous affirmons que, loin de porter préjudice
à la
Maçonnerie Universelle, nos différences ne
peuvent que l'enrichir.
L'obsession de " l'unité à tout prix ", le refus
ou la lenteur des
réformes malgré les constats, la collusion avec
des partis politiques
discrédités et des milieux d'affaires douteux ont
largement contribué à
nous conforter dans notre décision. Si nous admettons, comme
inhérante
à toute entreprise humaine, l'existence des
dérives, nous ne pouvons
cautionner la mansuétude dont elles font l'objet de la part
de
structures dont le rôle est de les combattre. Pourquoi
faut-il en
arriver à la gangrène pour commencer à
traiter ? Ménager les uns ou les
autres dans l'obsession d'éviter une hémorragie
dans les effectifs
c'est raisonner en boutiquier.
On ne gère pas des Loges, on les anime.
L'affirmation : " des Maçons
libres dans des Loges libres " ne
donne pas implicitement le droit de bafouer les principes
Maçonniques.
Il nous paraît qu'une Obédience a le devoir d'y
veiller. Il suffit pour
cela de mettre en place les outils nécessaires et d'en faire
régulièrement usage. Le reproche le plus commun
qui est fait aux
Maçons, c'est de passer de la notion de
fraternité à celle de confrérie
d'interêt. Sans généraliser, nous
devons reconnaître en avoir déjà
été
les témoins. Nous pensons que l'antidote à ce
poison réside, non dans
le mode de recrutement mais dans celui des affectations. C'est le seul
moyen d'éviter l'existence de Loges corporatives. Toutes
Obédiences
confondues, nous sommes et seron confrontés, en tant que
corps vivants,
à des pathologies de toutes sortes : Crise de croissance,
crise de
pouvoir, anémie, contamination. A nous de pratiquer une
médecine
préventive et sans complexe. L'Atelier Maçonnique
n'est pas une amicale
non plus qu'un ouvroir. On ne gère pas des Loges, on les
anime.
La
Maçonnerie est une utopie nécessaire
En fait, la Maçonnerie est
une utopie. Comment pourrait-on définir
autrement un projet de société humaniste si l'on
a tant soit peu
connaissance de l'histoire humaine et un rien de lucidité
quant au
regard que l'on porte sur soi. Mais cette utopie est
nécessaire.
L'idéal extrême qu'elle propose ne peut que nous
tirer vers le haut.
L'intérêt n'est pas de savoir si l'être
y parviendra un jour mais bien
de se mettre en marche pour s'en approcher. Nous irons alors,
d'étape
en étape, vers un progrès certain à
partager et à vivre, de présent en
présent, laissant à d'autres l'espoir de
lendemains qui chantent. Etre
Maçon c'est donc accepter d'être Frères
et Sœurs au service d'une
utopie.
La Maçonnerie : un engagement politique
Non, les Maçons et
Maçonnes ne sont pas des êtres
supérieurs. Ils n'ont
d'autre pouvoir que celui qu'ils se donnent en travaillant au
développement de leurs aptitudes dans un esprit de service
pour que
s'améliore le sort de tous, sans en attendre salaire mais
partage. Il
faut croire que nous contrarions beaucoup de monde avec un tel
programme puisque nous sommes l'objet de campagnes calomnieuses que,
pour notre part, nous entendons combattre. Ne soyons pas surpris d'une
telle hostilité. A tous égards, c'est le signe
incontestable de notre
appartenance à une philosophie de nature politique. Il est
en effet
éminemment politique d'orienter continuellement, dans un
esprit
d'équité, l'éthique dont nous
souhaitons que s'inspirent les
législateurs et, par voie de conséquence, de
veiller à ce que
l'exécutif fasse appliquer les lois sans les trahir. Ce
devrait être,
d'ailleurs, le rôle de tout citoyen. Cela ne pourra
réellement le
devenir que le jour où son implication ne
s'arrêtera pas à un vote
"délégation de pouvoir" sans qu'il soit possible
d'en demander compte
en cours d'exercice. C'est à la correction de cette anomalie
du
fonctionnement de l'appareil démocratique que le Grand
Devoir Universel
entend œuvrer, avec l'aide de tous ceux et de toutes celles
qui
voudront bien s'y joindre.
Passer aux actes,
c'est donner vie aux convictions
Notre réaction n'est pas
issue d'une dérive populiste. Elle ne
s'apparente pas à l'antiparlementarisme d'extrème
droite ou de gauche.
Elle s'inscrit dans la tradition du courant Maçonnique
français qui, a
contrario de la Maçonnerie spéculative
anglo-saxonne, fait une place
importante à l'opératif. C'est ainsi que
nombreuses sont les lois de
progrès inspirées des travaux
effectués dans les loges des diverses
Obédiences françaises. Mieux qu'un parti
politique et parce qu'elle
constitue un espace mental où s'exprime, hors clivages
idéologiques
sectaires, le souci du bien commun, la Maçonnerie, tout en
étant un
laboratoire sociologique, constitue le seul régulateur des
tensions
sociales indépendant de la classe politique et des syndicats
( du
moins, doit-il l'être). Que des Maçons ou
Maçonnes prennent part à la
vie politique et syndicale pour y vivre et défendre
l'idéal Maçonnique
s'incrit dans la logique des engagements qu'ils ou qu'elles ont pris ;
c'est la mise en pratique de leurs travaux. La recherche pour la
recherche reste en effet une démarche stérile
quand elle n'est pas
suivie d'application. Ce n'est alors qu'un exercice intellectuel pour
le contentement personnel de quelques "beaux esprits".
Témoigner
par l'action
Impliqué individuellement et
collectivement au quotidien et d'une
manière tangible, le Maçon doit
témoigner d'un état d'esprit par sa
façon d'être. S'il lui est un devoir d'agrandir la
famille Maçonnique,
il est tenu de garder toujours présent en mémoire
que les qualités
humaines priment sur le nombre quant aux effectifs. En effet, il ne
s'agit pas seulement d'élaborer des systèmes
conçus d'après des
principes mais de les pratiquer. La Loge-Atelier n'est pas un simple
club de réflexion. Les Maçons n'œuvrent
pas à l'aménagement des
contradictions et des maux d'une société mais
à leur éradication. La
proximité de leurs travaux et interventions sur le terrain
social avec
les actions menées par certains partis politiques ne doit
pas leur
faire perdre de vue que l'indépendance à leur
égard, ainsi qu'à l'égard
des Eglises, des Sectes et des milieux d'affaires, est le seul garant
de la pérennité de la Maçonnerie
Opérative et de sa crédibilité. La
Maçonnerie est une force vive ; elle doit en
témoigner. Œuvrant à
l'avènement d'une humanité responsable et
soucieuse du respect de
l'individu, il est naturel qu'elle soit la cible des totalitarismes de
tous bords. A elle de mettre en place les stratégies
appropriées pour
ne pas leur laisser le champ libre. Sans dévaluer la
fonction des
Rituels, il est possible de parler des outils, de
démythifier les
lieux, de décrypter les symboles et d'affirmer les
objectifs. Ainsi
s'imposeront à l'évidence les motivations
véritables qui commandent ses
détracteurs.
L'exemplarité
se mérite
Cela implique d'être d'accord
sur l'éthique qui motive la démarche
initiale. Les Obédiences feraient bien de relever les
contradictions
qui s'expriment dans les textes exposant leurs principes, ceux de leurs
règlements et de leurs rituels. Elles devraient, de
façon ponctuelle et
régulière, elles, c'est à dire chaque
Maçon et Maçonne, depuis les
Hauts Conseils jusqu'aux ateliers les moins médiatiques, se
replacer
dans l'état d'esprit d'un postulant en Cabinet de
Réflexion. Les
dérives n'existent que par la place qui leur est faite. Une
Obédience
n'est pas une entité virtuelle et ceux qui y ont
accepté des
responsabilités ont à les assumer pleinement. En
réalité, que sont une
Obédience, une loge, un règlement, un rituel ? Ce
sont des outils. Il
faut donc les avoir conçus pour des tâches
spécifiques et des services
précis. Que sont les Maçons ? La même
chose. L'entrée en Maçonnerie
n'est pas un aboutissement ni une promotion sociale ; c'est un
engagement, une implication dans une action commune tout autant
qu'individuelle. Dilettantes s'abstenir ! Pas question
d'interprétations molles de textes plus ou moins laxistes
afin de
"ratisser large". On ne recrute pas pour faire du nombre et quand on y
est reçu, on n'y jouit pas d'une quelconque
immunité.
Maçonnerie
et politique
L'actualité du message
Maçonnique doit sa permanence à l'imperfection
chronique des hommes. Mais, diront certains, est-il besoin de la
Maçonnerie pour tenter de remédier à
cette situation ? Les partis
politiques de tous bords n'ont-ils pas les mêmes
prétentions ? Si fait,
mais la différence fondamentale ( du moins doit-elle
l'être ... ) entre
un militant politique et un Maçon réside en ce
que le premier agit dans
une structure de pouvoir alors que le second travaille dans un esprit
de devoir. Sans vouloir jouer sur les mots, gardons toujours
à l'esprit
que bien qu'on y taille la pierre, il ne doit pas exister de
carrière
en Maçonnerie. Qui y-a-t-il de nouveau pour justifier
l'urgence d'une
implication plus évidente de la Maçonnerie dans
le monde profane ?
Peut-être une accélération de
l'Histoire et l'atroce sensation de
récurrence devant la répétition des
conflits ethniques, résurgence des
totalitarismes que beaucoup croyaient morts.
A la veille du troisième
millénaire, dans nos sociétés dites
développées, les progrès de la
technologie de communication sont
étonnament contradictoires à l'expression d'une
attitude de repli sur
soi, qu'il s'agisse des individus, des familles biologiques, sociales
ou idéologiques. La récession
économique qui touche une majorité de
citoyens accentue l'émergence de ce
phénomène en hypothéquant l'avenir.
Voici revenue une ère de crispation et
d'intégrisme avec son cortège de
sectes refuges et de messianismes de tous poils. Malraux affirmait : "
Le vingt et unième siècle sera celui de la
spiritualité ou ne sera pas
". Encore faudrait-il s'entendre sur le sens du mot "spirituel". Quant
à la nouveauté, au regard des siècles
passés, elle nous parait relever
de la plus parfaite fantaisie. Ce ne sont ni les débats
religieux, ni
les courants philosophiques qui ont manqué à la
réflexion
intellectuelle, dans les temps qui nous ont
précédés. Aujourd'hui, Il
serait plus juste de parler de faillite. On peut, pour leur avoir
laissé le temps d'agir, faire un constat d'échec
quant aux effets
bénéfiques du Judéo-Christianisme et
des philosophies humanistes. Si
c'était le contraire, cela se saurait. L'Histoire n'aurait
pas été
traversée de guerres endémiques et de dictatures.
Une
société ne se décide pas, elle se vit.
Dans un tel contexte, la
pensée Maçonnique a sa place et les exigences
qu'elle pose en préalable au recrutement de ses adeptes sont
à la
hauteur des travaux qu'elle conduit. Les idées ne valent que
par ceux
qui les vivent. La diversité et la difficulté des
tâches que représente
un tel chantier ne permettent aucun rôle de figuration. Les
Obédiences
feraient bien de s'en souvenir. Il n'est plus de mise de s'atteler
à la
réhabilitation du système mais, après
l'avoir démonté pour en
comprendre les imperfections et les limites, il faut savoir faire place
à l'innovation. Oser élaborer de nouveaux
schémas pour une société plus
solidariste et plus épanouissante est la seule
réponse que nous pouvons
donner au mal de vivre.
Plus question de révolution
ou d'évolution mais de création. Les
vieilles recettes qui constituaient à prendre le contre-pied
d'un
système n'ont jamais modifié fondamentalement la
donne. Qu'on choisisse
les cases blanches plutôt que les noires ne changera jamais
la nature
de l'échiquier.
Un seul et
véritable obstacle : l'égoïsme.
Il n'existe qu'un obstacle à
la mise en route du chantier : l'égoïsme.
Hélas ! c'est le défaut le mieux
partagé dans l'ensemble du tissu
social. Pour les uns, l'obsession est de toujours en avoir plus, pour
les autres c'est la hantise de la moindre perte. Le marxisme en est
mort ; le capitalisme libéral fera de même. En
confondant
volontairement la notion de bonheur avec celle de possession, le
système actuel met en dépendance
ceux-là même qui génèrent
les produits
consommables. Mais cette machine a ses limites inhérentes
à
l'incapacité des protagonistes à limiter leurs
appétits. C'est pourtant
ce monde qui s'érige en modèle à
l'adresse des trois quarts d'une
humanité prétendument en voie de
développement alors qu'il en exploite
la part rentable et que le reste est laissé pour compte. Une
société
qui n'a comme idéal que l'augmentation du volume des
transactions
commerciales pour satisfaire une boulimie de thésaurisation
court
immanquablement à sa perte. A vouloir maximaliser les
profits on en
vient obligatoirement à la réduction des salaires
et donc à une
diminution logique de la consommation. La robotisation à
outrance est
encore plus réductrice : la machine n'achètera
jamais ce qu'elle
produit ; elle ne cotisera pas non plus aux diverses caisses de
retraites et solidarité et participera directement
à l'extension du
chômage. La fragilité du système
capitaliste s'exprime par la recherche
frénétique de nouveaux marchés. Il ne
s'agit plus d'avenir mais de
survie. Peut-on décemment ce contenter d'un tel programme et
le
proposer sans vergogne à nos enfants ? On parle du mal de
vivre, de la
violence nihiliste de la jeunesse, de la perte du sens moral et l'on
met sur pied des thérapies de confort destinées
à temporiser sans
s'attaquer au fond du problème. On parle du
chômage et de l'immigration
comme on le ferait d'entités autonomes sans
causalité. Quant à
l'imaginaire et au rêve, ils sont remplacés par
les univers virtuels
dont la sur-utilisation ne peut que conduire à une
marginalisation du
réel.
Le Temps et l'Espace
: une perception rendue confuse.
L'homme ne peut avancer que s'il
s'inscrit dans le temps et dans
l'espace. Il est, sur ce point, d'un grand intérêt
de se pencher
quelques instants sur l'expression écrite ou audio-visuelle
proposée
dès l'enfance en guise de nourriture de l'imaginaire, dans
nos sociétés
dites développées. C'est le règne de
la confusion. L'univers
spatio-temporel y est totalement
désintégré. Le miroir qui dans les
contes traditionnels permettait soit de voir au présent, en
un lieu
déterminé, le déroulement d'un
évènement, soit d'évoquer une vision
d'avenir, n'est plus qu'un passage permanent à double sens,
invisible
et banalisé. Dans cette cosmogonie nouvelle où
triomphe la loi de la
relativité, la psychologie des protagonistes est
réduite à sa plus
simple expression. Forces mentales ou physiques supra-naturelles
s'affrontent ou s'allient en un combat du bien et du mal, sans
définition, dont l'issue n'est jamais acquise et dont le
point commun
est une pratique de la violence à l'état brut. Le
système binaire a
parfaitement réussi son œuvre
réductrice. Il n'y a plus de place pour
les nuances. A quoi cela servirait-il ?