Une Démocratie Illusoire
Il n’est pas dans notre intention de démontrer dans ce
texte l’iniquité du Contrat Première Embauche (CPE), nouveau sujet de
discorde entre une part de la société et le pouvoir, de quel pouvoir
d’ailleurs s’agirait-il ?
Le premier Ministre de Villepin
partage avec Louis XIV la célèbre formule : ”L’état, c’est
moi !”. L’utilisation qu’il fait des chiffres vide de sens
tels que 365 députés pour, 1 million de manifestants contre, dans les rues, 59
millions en accord tacite avec lui, sont suffisamment éloquent de
l’inconsistance idéologique du système en place. L’incongruité de
ce discours confine au misérabilisme intellectuel.
L’exploitation de la peur comme substrat politique est
élevée aujourd’hui en principe de gouvernement. Les sujets ne manquent
pas : Le chômage et l’incertitude de l’avenir économique, la grippe
aviaire et le chicoungounia, les menaces terroristes
et la fonte des glaces...
Quant à la rue qui n’accouchera jamais d’un
programme politique à long terme, elle n’est que le révélateur du fiasco
d’une démocratie qui n’est plus représentative de l’intérêt
des citoyens. Les divers projets de réformes constitutionnelles sous le mot
“Fourre-tout“ de VIème République visent
plus à modifier la répartition des pouvoirs qu’à remettre en cause cette
absence prolongée d’une ambition à rendre au mot démocratie sa substance
initiale, à savoir : Un état au service d’une société civile réclamant
une répartition équitable des fruits de l’économie et la prise en compte
de l’expression des acteurs sociaux qui sont autant de porteurs de
la parole citoyenne ; ces structures étant volontairement mises à l’écart
par le personnel politique, lequel ne fait qu’y puiser qu’opportunément
des chevaux de bataille.
Dans une telle situation, il est totalement illusoire
d’attendre quoi que ce soit de l’Institution Européenne. Le fait
qu’elle doit sa naissance à des préoccupations économiques y établit la primauté
du capital. Cette tare originelle apparaîtra toujours, avec ses conséquences,
sous un placage humaniste qui tiens plus du marketing que d’un réel
soucis d’une démocratie participative. C’est pourquoi, elle ne peut
être qu’une alliée du phénomène de mondialisation.
En conclusion, la place est vide pour le meilleur ou pour le
pire. Il dépend de la capacité d’écoute et d’analyse interactive
des divers constituants sociaux pour qu’une voie nouvelle conduise à une régénérescence
du contenu politique.
S’il n’en est pas ainsi, il faudra en passer par la catharsis que
sont les révolutions incontrôlables propices à l’ouverture de boîtes de
Pandore aux contenus aléatoires.
Pierre Selosse
Grand Maître du G.D.U