Après les Zones de Non-Droit, Les Zones de Non-Dit.
Avertissement : cette prise de position n'est pas celle d'antisémites ; qu'on se le dise.
Il est malheureusement impossible, actuellement en
France, d'aborder les faits touchant la communauté juive sans
risquer l'anathème, à moins d'être tout à
fait partisan de l'Etat Hébreu, comme l'est, pour l'heure, la
majorité de la diaspora.
Or, nous n'admettons de personne l'imposition d'une pensée unique, quel qu'en soit le sujet.
Pas plus que le péché originel et la
notion de rachat qui s'y rattache, nous refusons, nous,
génération d’après 36, de porter le poids
d'une dette qui n'est pas la nôtre : celui de La Shoa.
Par contre, nous ressentons comme un devoir impératif
d'enseigner l'Histoire sans complaisance, condamnant sans
ambiguïté la politique de Vichy et toute
velléité d'un retour à cette monstrueuse barbarie.
Nous approuvons sans réserve la démarche du
Président Jacques Chirac demandant pardon pour ces
français qui collaborèrent sans vergogne à cette
discrimination raciale qui toucha aussi les Tziganes et qui eut aussi
ses équivalences dans le domaine idéologique :
communistes, francs-maçons, syndicalistes et militants des
mouvements de jeunesses autres que celle du Maréchal le
payèrent de leur vie ou de leur liberté.
Bravo pour cet acte posé dont il était
grand temps qu'il le fut. Mais il n'est pas question pour autant de
s'en contenter et de tourner la page. La gangrène fasciste est
toujours présente. Les négationnistes nostalgiques de la
botte et du bras tendu caressent encore des rêves de matins bruns
ou noirs. Comme ils le font pour leur propre jeunesse, nous devons
informer et former la nôtre, nos enfants et ceux dont nous sommes
responsables en tant qu'éducateurs, animateurs et enseignants.
Le devoir de mémoire n'a de sens que s'il nourrit la vigilance.
Ces choses là étant dites, qu'il nous
soit permis de souligner qu'en ces temps d'exaspération
entretenue, le communautarisme n'est pas le monopole des banlieues
maghrébines. Il suffit d'écouter Radio J ou Judaïque
F.M pour s'en convaincre.
Comme cet article le sera, la moindre objection ou
tentative d'analyse est considérée comme une atteinte
à la communauté. L'amalgame volontairement fait entre la
situation d'Israël et celle des juifs de France conduit à
des discours délirants dont le manque d'objectivité
grossière pourrait porter à rire s'ils n'étaient
pas ferment de haine et d'incompréhension.
Lors de l'émission de France Culture "
Concordance des Temps " de Jean-Noël Janneney du samedi 22
novembre 2003, Elie Barnavi, ex-ambassadeur d'Israël en France,
faisait, lui aussi, le constat de ce repli identitaire permanent,
independamment des climats politiques, des conditions
sociaux-économiques, des contextes idéologiques
tolérants ou sectaires. Il y reconnaissait
l'écartellement perpétuel des communautés Juives
entre leur appartenance à des nationalitées et leur
attachement de principe avec la terre d'Israël confondu dans
l'état qui l'incarne.
Ce regard lucide est de ceux qui sont
nécessaires à une reflexion sereine sur la place du monde
juif ou mieux, de la culture juive dans les sociétés
exogénes.
Pour un Théo Klein, combien d'intolérants !
Elu ou pas, aucun peuple n'est à l'abri des totalitarismes.
La France est un pays de liberté de parole,
dès lors qu'elle n'incite pas à une guerre civile.
Commmencer à faire le distinguo entre citoyens, se
présentant comme juif alors qu'il ne viendrait à
l'idée de personne de décliner son identité en se
sentant dans l'obligation de faire part de son appartenance
idéologique ou raciale. S'annoncer dès le premier abord
comme athé, catholique, protestant ou auvergnat, c'est faire le
lit d'une ségrégation suspicieuse ou ne pas avoir appris
à s'affirmer en tant qu'individu, avant toute
référence à une éthnie, une culture, une
religion, une famille politique ou philosophique.
La communauté juive participe de
l'exacerbation du phénomène d'appartenance. Est-ce par
peur de se dissoudre au sein de la nation ? Ce que la nazisme n'est pas
parvenu à faire dans sa volonté d'extermination totale,
est-il à craindre qu'une démocratie, digne de ce nom,
l'accomplisse ?
Oui, l'antisémitisme existe en France. Oui
nous devons le combattre au même titre et avec la même
rigueur que toutes les discriminations. Nous n'y parviendrons qu'avec
ceux qui en sont victimes, non en les associant à l'action
répressive policière, nécessaire auxiliaire de la
justice pénale, mais en les encourageant à communiquer
tous azimuths et équitablement sur leurs différences et
ce qui peut les rapprocher, en premier lieu, en leur humanité
commune. Ceux qui importent les conflits extérieurs sur le
territoire national sont des semeurs de haine et à ce seul
titre, ils doivent être éradiqués. Ceux qui
nourrissent leur haine de leurs paroles n'ont qu'à rejoindre les
champs de bataille de leurs camps respectifs.
S'il y a vraiment volonté de
déstabilisation, l'heure est venue pour tous les responsables
communautaires et acteurs sociaux de faire la chasse aux
extrémistes de tous bords et de developper les ponts et les
espaces de partage. Ce ne sont pas les fêtes religieuses ou
civiles qui manquent pour concélébrer la joie ou prendre
part à la peine des autres.
Nous ne mériterons le nom de civilisation
qu'au jour où les mots de youppin, goy, bougnoul, négro,
romano et gadjé quitteront nos mémoires.