PLANCHES ET TRAVAUX

Laïcité, Religions, Tolérance
La position du Grand Devoir Universel



    Notre nouvelle position vis à vis des appartenances religieuses est le résultat d’une remise sur l’établi, pour les approfondir, du principe de laïcité, de la définition de la notion de religion et ses corollaires, et du terme de tolérance.

    Nous pensons que les démocraties qui se revendiquent de l’esprit laïque commettent l’erreur fondamentale de confondre la liberté de conscience avec la neutralité de l’espace public. La Laïcité n’est pas l’acceptation du phénomène religieux. C’est un rempart contre son emprise sur la vie politique et sociale. En effet, toutes les religions n’ont qu’une ambition : soumettre la société aux canons et aux dogmes dont l’application conduit irrévocablement à la régression intellectuelle et à la mort du progrès scientifique et social. Pourquoi ? Parce que le destin de l’humanité se réduit, pour elles, à l’accomplissement d’un soit-disant salut visant au mérite d’une éternité octroyée par la ou les entités divines qu’elles promeuvent.

    Gardons nous de confondre la liberté de penser et la liberté de choisir son asservissement. L’appartenance à une religion est obligatoirement la remise d’une part de son libre-arbitre et le risque de devoir se soumettre à une décision institutionnelle.

    Nous avons fait le choix de l’homme, tel qu’il est. Si notre démarche se propose d’œuvrer à l’avènement d’une société humaniste, c’est en s’adressant à son intelligence, sa raison et sa sensibilité et non à une angoisse existentielle systématiquement entretenue.

    Le reproche majeur qui nous est fait, c’est qu’en considérant l’inféodation à une religion comme contraire à l’essence de notre identité, nous nous privons du sacro-saint axiome célèbrant l’éloge de la différence comme une vertu cardinale de la Franc-Maçonnerie laïque. Nous prétendons, au contraire, que le fait de ne pas faire référence à un quelconque Grand Architecte affirme, sans qui pro quo possible, la nature agnostique du Grand Devoir Universel. Il ne peut donc nous être reproché un tel critère de sélection : le croyant n’y trouverait pas sa place.

    Certains Frères et Sœurs nous ont objecté que si nous sommes convaincus des conséquences néfastes des croyances sur la conscience individuelle et leurs avatars comme déterminant du sort des sociétés, notre attitude nous prive d’une confrontation des idées et d’une action prosélyte émancipatrice. Nous considérons qu’il aurait été malhonnête envers les gnostiques admis dans nos loges, et nuisible à la cohésion du chantier, d’en discuter au sein des ateliers. A contrario, nous nous faisons un devoir de militer sous toutes les formes de communications pour la libération des esprits.

    À l’échelle du temps historique, ce combat vient à peine de commencer. L’absence d’éducation à l’usage de la liberté renvoie à des peurs irraisonnées et indicibles, accueillies à bras ouverts par les églises et les sectes.

    Qu’en est-il donc alors du principe de tolérance si fortement proclamé dans des nombreuses odédiences ?

    Nous en avons déjà fréquemment débattu. Nous en concluons que la tolérance n’est pas une vertu, encore moins une soumission : permettre, c’est déjà concéder.

    À coups de tolérance et de consensus, toujours analysés par le parti d’en face comme le premier signe de faiblesse dans une négociation sous-tendue par une certitude infaillible, l’échange se réduit trop souvent à un dialogue de sourd. La foi est-elle d’ailleurs discutable ? En réalité, on ne peut la remettre en cause qu’en allant en amont, aux sources qui en constituent l’origine.

    Là est le terrain où deviennent lisibles les causalités qui ont pu faire d’un homme libre, un croyant. Le fait que nous puissions comprendre qu’une part de l’humanité revendique une appartenance à une croyance ne nous empêche pas d’être convaincu, encore plus, de la nécessité d’agir contre une vision transitoire de l’existence qui rend accessoire toute tentative d’amélioration du présent.

    Dans l’état actuel de nos connaissances ainsi qu’au regard de la réalité présente, il est difficile de croire aux vertus des religions Il est urgent de rappeler qu’elles n’ont pas le monopole de la morale et que les philosophes de l’antiquité, ceux d’hier et ceux d’aujourd’hui n’ont pas eu besoin d’une révélation pour réfléchir sur une éthique sociale et contribuer à donner à l’homme une dimension humaniste.

    Certe, la réalité n’en témoigne pas toujours. Avancées et régressions se succèdent bien trop souvent. Devons nous pour autant renoncer à cet idéal ? Sans utopie libératrice, l’homme n’a plus sa raison d’être sauf à devenir l’éxécutant d’une prédestination. Cela n’est pas notre conception de devenir de l’humanité.

Le collectif du G.D.U