Le Temps, une notion inévitable.
Quel que soit
son niveau de développement intellectuel et technologique, l'homme a toujours
eu conscience de la réalité du temps. L'étude des dernières sociétés dites
primitives et, plus proches de nous, les modes d'acquisition de cette notion
chez l'enfant démontrent son caractère inéluctable parce qu'indissociable de la
fonction de mémoire. En effet, le souvenir proche ou lointain impose le concept
de présent fugitif et celui de passé.
Le troisième
temps découle des deux premiers: Eviter ou vouloir que se reproduisent des
situations passées ou présentes dans ce qui est "à venir ".
L'observation du cycle répétitif saisonnier et de ses incidences sur les
conditions de vie des premiers hommes détermine une économie' prévisionnelle: Le
futur matérialiste en découle.
Temps et vie
sociale.
La perception du temps doit son intégration rapide à l'organisation du quotidien et, plus largement, celle de la vie sociale. On comptera d'abord en saisons, en soleils et en lunes. La précision viendra plus tard des mathématiques célestes et du progrès technologique. La mesure du temps précédera celle spécifique aux distances et l'on dira qu'un lieu est à trois lunes d'ici ou qu'il faut marcher quatre saisons pour atteindre la mer. Il n'est pas exclu de concevoir, comme premier révélateur signifiant de la relativité, la comparaison établie entre l'évolution d'un insecte et le cycle biologique de l'être humain.
Le Temps,
facteur d'angoisse.
Inventeur du
temps, capable de l'évaluer, d'en augmenter la capacité par l'usage de l'outil
et des moyens de déplacement, d'y prolonger son insertion grâce aux progrès de
l'hygiène et de la médecine mais impuissant à l'interrompre, l'homme pose ainsi
tous les éléments constitutifs de sa psychose obsessionnelle: comment échapper
à l'éphémère?
Antérieure à
cette angoisse mais trouvant à cause d'elle une signification symbolique, la
perpétuation de l'espèce s'inscrit comme une tentative de perdurer physiquement
au-delà de sa propre mort. Le vieillard qui plante un arbre ou le souverain
bâtisseur de mausolée lancent le même défi au temps. Le processus créatif, même
s'il a d'autres objets, n'est certainement pas indépendant de cette motivation
impérieuse.
Il existe
pourtant quelques exceptions à cet assujettissement temporel. Les plus connues
concernent les sociétés acquises au principe de réincarnation cyclique, tel que
le bouddhisme l'enseigne, ou celle des derniers aborigènes d'Australie qui
passent indistinctement du rêve à la réalité et inversement, détruisant du même
coup la dictature du temps, par ce va-et-vient continuel entre deux espaces
différents, dont l'un échappe à la temporalité.
L'état d'extase
dont les sujets affirment l'indicibilité ne serait-il pas, en fait, la
suppression totale de la perception du temps? L'utilisation des drogues, depuis
la préhistoire jusqu'à nos jours, exprime, hors la méditation et l'ascèse (ou
en complément), la volonté individuelle ou collective d'échapper non seulement
aux contingences matérielles mais au monstre Chronos dévoreur d'hommes.
L'angoisse existentielle est peut- être moins la peur de vivre que celle de
mourir et l'on assiste à ce paradoxe terrible, par des procédés chimiques qui concentrent
les propriétés naturelles de certaines plantes ou ." qui génèrent
des produits de synthèse, à la course vers la mort d'êtres qui cherchaient à
l'occulter.
L'usage des drogues dans nos sociétés dites techniquement et économiquement développées n'exprime jamais un désir de pénétrer dans un au-delà révélateur de mystères. Il ne s'agit plus d'un passage mais d'une porte de sortie, parfois définitive. Rien à voir avec les sociétés qui la consomment afin d'entrer en communication par voie de transe avec des forces qui ne sont jamais que leur inconscient culturel collectif: Indiens d'Amazonie, Dayaks de Bornéo, etc...
Le Temps est-il
le père des religions?
Naissance et
mort, début et fin pris dans leur signification littérale sont refusés comme
tels par la majorité des hommes. Chacun, selon son appartenance socioculturelle,
s'imagine une filiation et une survie. L'histoire est pleine de personnages
arguant de leurs origines divines pour justifier leurs, pouvoirs politiques ou
surnaturels et qui, leur destin terrestre accompli, prétendent retourner à leur
éternité.
La nécessité
d'une dimension métaphysique est-elle inhérente à la nature humaine ou la
résultante de l'angoisse générée par la perception du temps?
L'ignorance
des
causes des phénomènes naturels perçus comme
terrifiants ou bénéfiques, la pérennité
de la nature comparée à la brièveté de
l'existence humaine vont, à plus ou
moins longue échéance, instaurer le principe de forces
supérieures dont il
s'agit de se concilier les bonnes grâces, d'abord pour survivre,
ensuite pour
réussir une entreprise: Récolte, fécondité,
chasse ou combat.
L'homme intègre
alors la dimension religieuse à sa biosphère, ébauche les premiers cultes et
les premiers "clergés". Pour des raisons évidentes de pouvoir, le
savoir technologique et son développement sont très vite récupérés et escamotés
aux yeux du commun par ceux qui se prétendent des médiateurs entre les
divinités et les hommes. Le langage ésotérique qui va recourir aux symboles
n'aura d'autres fonctions que de limiter, pendant des milliers d'années,
l'accès au savoir.
La réflexion qui
conduira l'homme à penser que les forces ou divinités relève d'une même et
unique entité avivera tout naturellement le questionnement sur la genèse du
cosmos (terre, étoiles et planètes) et sa raison d'être. Il y découvrira alors
la notion bidimensionnelle du temps et de l'espace.
Si l'on admet la relation de cause à effet entre la perception du temps et l'émergence des croyances, on est en droit de penser qu'une psychose fondamentale est à la source de toutes les religions.
Le poids du
judéo-christianisme.
D'après Teilhard
de Chardin et en simplifiant son propos, nous irions, peut-être lentement mais
de façon irréversible, vers un degré suprême de développement et de perfection,
nous inscrivant ainsi dans un dessein qui nous dépasse et dont nous serions
l'instrument. Ce postulat étant admis, comment ne pas croire alors à la
spécificité humaine du questionnement philosophique et religieux, comportement
inscrit dans les gènes au même titre que l'aptitude au langage ou l'esprit
d'invention? Si l'on adopte cette thèse, on crédite le principe d'une puissance
créatrice; il en résulte deux possibilités:
-
L'accomplissement d'un projet conçu par l'entité initiale et nous concernant à
la fois en tant qu'acteur et bénéficiaire;
- L'humanité
considérée comme élément de l'entité initiale, rejetée provisoirement pour insoumission et condamnée à mériter sa
réintégration. Dans ce cas, nous aurions à repenser l'idée que nous avons de la
perfection et admettre l'ambivalence manichéenne de Dieu.
Force est de constater la similitude de ces deux concepts en matière de prédestination et leur évidente fécondité à élaborer des systèmes pour que s'accomplisse le scénario.
Psychanalyser
l'Histoire.
Partant de ce
principe, les mythes et des religions révèlent, au regard de l'analyste, les
ruptures et les constantes, les variantes ou les nouveautés des obsessions qui
hantent l'espace mental humain.
On est alors
amené à faire une re-lecture de l'histoire, non plus en ethnologue ou en
historien mais, en psychanalyste.
Selon une
évidente logique, tout part de l'homme, les cosmogonies qu'il met en place, y
compris, celles qui résultent de l'intrusion des sciences dans la conception de
l'univers.
Prenons un
groupe d'individus dans un temps donné et limitons-nous strictement à l'étude
de son interprétation métaphysique d'un monde, organisé généralement en
priorité à son propre usage. Nous sommes en présence d'une image agrandie mais
conforme au document de base placé dans le rétroprojecteur. Si les dieux ne
sont pas toujours anthropomorphes, leurs comportements tiennent beaucoup des
hommes. C'est une lecture en miroir.
Toutefois, il se
peut qu'au lieu d'y trouver le reflet d'un état identique, on y puisse
découvrir les frustrations d'une condition humaine s'inventant un paradis
compensatoire.
Implacable ou
miséricordieux, frustrant ou dionysiaque, sectaire ou syncrétique, le panthéon
décrit par la fresque restitue non seulement la nature profonde de la société
concernée mais explique aussi ou préfigure les situations qu'elle provoquera et
sa manière de les gérer.
Si
l'implantation géographique et les conditions climatiques sont déterminantes du
destin des peuples, les phantasmes et les pulsions ne le sont pas moins. En ne
négligeant aucun de ces paramètres, il est possible, non seulement de
comprendre un évènement passé mais d'agir de façon préventive pour sauvegarder
l'avenir.
Cependant, la
dimension psychanalytique n'est pas encore prise en compte par les centres
d'études sociopolitiques. Il ne s'agit pas d'établir les critères arbitraires
d'un eugénisme mental mais de reconnaître aux collectivités humaines ce qui
n'est pas contesté aux individus: le moi subconscient.
La mythologie
grecque proposait des dieux si proches des hommes que leurs aventures
finissaient par être confondues. L'énormité de leurs prouesses trouvait écho
dans les vantardises des compagnons d'Ulysse. L'ivrogne avait Dionysos et le
plus minable des cocus se consolait en pensant aux cornes que portaient
certains sur l'Olympe. Nul n'était dupe mais tous jouaient le jeu. Athéna
patronnait bien des expéditions punitives mais hormis quelques combats épiques
sous les murs des cités, règlements de comptes d'une famille pléthorique, il
s'agissait surtout de garantir aux comptoirs la sécurité du commerce. Je ne
m'embarrasserai pas de Philippe et d'Alexandre dont l'épopée, bien que
fabuleuse, reste périphérique parce que macédonienne; ni des guerres que mena
Athènes contre Sparte, cité qui n'a laissé qu'un adjectif dont je me flatte
d'être indigne. Que serait devenu la Grèce sans Athènes ?
A se la conter
tant et tant, la légende prenait force de réalité et le berger n'aurait
peut-être pas été surpris, au détour d'un ravin, d'y rencontrer Pan.
" Tout autre fut Rome.
Les Grecs qui
essaimèrent dans ce qui serait le Latium ne pouvaient imaginer un seul instant
que leur culture serait phagocytée par le monde Etrusque et que, devenue
caricature, il en naîtrait un empire dont les légions occuperaient Athènes.
Pour gérer le
quotidien et satisfaire l'expression des individualités, la Grèce avait inventé
la cité politique; pour servir des pouvoirs personnels, Rome crée la notion
d'Etat. Les Dieux seront à son service, de même que ceux des contrées soumises.
Fabuleux outil
dont l'existence n'est pas liée au succès des armes ou à la qualité de ses
maîtres, il survivra aux sénats corrompus, aux césars paranoïaques pour donner
toute sa mesure entre les mains des empereurs bâtisseurs et conquérants.
Supplantant les idées de Nation et de Patrie, il pourra intégrer au mérite, les
postulants issus d'un empire hypertrophié et disparate.
Ce titre de
Citoyen Romain, avec les avantages qu'il procure, n'est rien moins que l'instrument
d'un système collaborationniste et intégrationniste qui n'est pas sans rappeler
certaines pratiques d'aujourd'hui.
Le souci
d'efficacité, proportionnel à l'expansion de la Romanité, va pousser au
paroxysme la centralisation et pour finir, la concentration des pouvoirs
détenus par un seul décideur personnifiant l'Etat.
La divinisation
des Césars sera sensée rendre incontestable et légitime leur domination. Les
rois de France, par le sacre de Reims, devront se contenter d'un aval divin
étroitement contrôlé par l'Eglise.
Bien que, dans
un premier temps, elle ait férocement combattu le christianisme, uniquement
parce qu'incompatible avec le culte impérial, Rome n'en aura pas moins préparé
le lit de la hiérarchie catholique et d'une papauté temporelle qui soumettront
l'occident à l'intégrisme des dogmes religieux.
Le Droit Romain,
révisé par le Droit Canon, pèsera lourdement sur l'évolution des mœurs, du
savoir et du raisonnement intellectuel. Nous n'en sommes pas encore totalement
affranchis.
A ma
connaissance, il n'existe aucun modèle de société exempt de sacralisation et de
rituel. La laïcité exacerbée de la Troisième République, le processus
systématique d'éradication du sentiment religieux par les régimes marxistes et
totalitaires ne sont parvenus tout au plus qu'à transférer les potentialités
mystiques sur des substrats tels que le Patriotisme, l'Héroïsme, le Civisme et
la Solidarité. .
Les défilés, les
commémorations, les monuments aux morts ou aux martyrs des causes reconnues, la
leçon quotidienne de politique ou de morale visaient à investir l'imaginaire
pour nourrir des besoins d'absolu. Mais ces succédanés manquaient de pouvoirs
oniriques et de merveilleux.
Pourtant, il
s'en fallut de peu qu'une telle substitution ne réussît. L'escamoteur
s'appelait Adolf HITLER. Le culte proposé était celui de la Race et chaque
Allemand conforme aux critères de la Germanité était une part du dieu.
Contestant sa défaite en 1918, exsangue de par la volonté absurde de ses
vainqueurs, intoxiquée par une histoire falsifiée et dressée contre des
prétendus coupables, la nation était prête, pour sortir d'une humiliation
savamment entretenue, à vivre la catharsis Nationale- Socialiste.
Jamais technique
psychanalytique ne coûta aussi chère aux patients et aux autres. Peut-on
cependant pleurer sur un monde qui avait déjà laissé commettre à ses portes de
considérables massacres et sacrifié ses idéaux d'entraide internationaliste sur
l'autel de son confort mesquin?
Les Années
Trente ne valent pas une larme.
A ce stade de la
réflexion, il convient de s'interroger sur la définition de la normalité. Comme
toute appréciation, elle ne peut être que subjective, même si certains
l'entourent de précautions oratoires et d'une argumentation à connotation Médico-Psychologique
et moraliste calquée sur l'éthique du moment. Le comportement majoritaire y
fait référence.
Il faut donc
être vigilant, en premier lieu vis à vis de nous-mêmes, et agir pour que le
message maçonnique ne soit pas un vain mot.
Appartenant par
chance à une société dite développée et régie par des systèmes institutionnels
nous avons le devoir de nous y impliquer pour infléchir son évolution dans le
sens du Grand Œuvre. A l'ère de la Communication toute puissante, notre silence
est condamnable autant que nos désengagements.
Nous connaissant
nous-mêmes, nous savons que l'homme n'est pas fiable, à plus forte raison les'
nations car la loi du nombre multiplie les risques. Beaucoup parmi nous, et
j'en suis, ont été les contemporains et parfois les acteurs d'évènements qui
leur échappaient. Certains que nous avons connus l'ont payé de leur vie.
Avions-nous suffisamment pesé du poids de nos convictions dans la balance des
décisions qui furent prises? Il faut absolument élaborer et mettre en pratique
des stratégies si nous ne voulons pas que nos enfants s’éveillent un matin aux
antipodes de nos idéaux.
Qui se serait
penché avec attention et méthode sur la vie politique et socio-économique de
l'Europe entre 1919 et 1940 y aurait vu la montée des fascismes et les risques
d'une passivité suicidaire. Les masses étaient naturellement beaucoup moins
averties qu'aujourd'hui mais il est fort à craindre que sous couvert d'information
elles soient maintenant l'objet de manipulations conscientes pour qu'elles se
livrent à d'autres naufrageurs.
L'omniprésence
du phénomène religieux et l'universalité de nombreux mythes (Paradis perdu,
retour annoncé d'un dieu restaurateur d'un nouvel Eden) confortent les
gnostiques dans leur conviction, comme si la loi du nombre suffisait à garantir
l' irréfutabilité d'un principe. Il en est de même de l'utilisation qui
est faite du déluge, événement attesté par toutes les chroniques et légendaires
de l'humanité. Rien n'implique la simultanéité d'un tel cataclysme d'ordre
géophysique et climatologique. Qu'il y ait eu d'ailleurs plusieurs déluges en
des temps protohistoriques en différents lieux, à diverses époques ou quand
bien même on puisse un jour prouver l'unicité d'un tel fait, rien
n'autorise à en créditer une initiative "divine" sinon le besoin
impératif de certains d'inscrire l'homme au sein d'un univers organisé et, par
effet de récurrence, de recycler, en les développant, les mêmes postulats.
Les docteurs ès
religions conçoivent un monde, spatialement défini ou non, inscrit entre un
début et une fin, comme étant le fruit d'une volonté extratemporelle qui exclut
tout questionnement sur l'origine. L'homme admet difficilement l'éternité du
chaos et les conjonctures du hasard et de la nécessité (MONOD). Son ego ne le
supporte pas.
Le progrès des
connaissances pose question aux théologiens d'hier et d'aujourd'hui qui ont
fort à faire pour actualiser la gnose sans bousculer les dogmes et
l'orthodoxie. Et que dire de l'Islam qui voit dans la quête du savoir une
insulte au monopole divin de la suprême connaissance.
D'autres sont
convaincus que toute science ou connaissance nouvelle, toute expression
créatrice qu'ils jugent bonne, manifestent du génie créateur et procèdent de
lui. C'est l'affirmation éclatante des victoires du bien sur l'esprit du mal
dans le combat que mène le Verbe contre l'archange déchu, en rébellion contre
lui. Si l'on s'en tient aux enseignements des Eglises Chrétiennes, on est en
droit d'évoquer la contradiction qui ressort de l'affirmation de la toute
puissance du créateur eu égard aux êtres qu'il fit si imparfaits, qu'il
s'agisse du Démon ou des hommes.
Tant que la
pratique des sciences s'est limitée à l'observation analytique, la réflexion
déductive et l'expérimentation concluante, les clercs ont été majoritairement
représentés dans la communauté des "savants".
Les uns,
profondément croyants, ont fait de leurs "découvertes" un élément de
l'exégèse. Les autres, plus scientistes que religieux, couverts par leur
statut, se sont engagés sur la voie spéculative qui les a conduits au seuil de
l'hérésie.
Les libertins,
les encyclopédistes et les libres penseurs des dix-sept et dix-huitième
siècles, généralement déistes mais anticléricaux, remplaçant la religion par la
philosophie, ont fait perdurer l'amalgame du préconçu idéologique et du
matérialisme conciliable.
Au dix-neuvième
siècle, le positivisme d'Auguste COMTE, les théories de MARX et d'ENGELS, la
pensée de NIEZTCHE libèrent la recherche scientifique d'une cosmogonie
hégémonique et pré- établie. Encore qu'au sujet d'Auguste COMTE il faille
nuancer ce jugement puisqu'il sombra dans un délire panthéiste où se côtoyaient
Pasteur, Socrate, Hugo et bien d'autres dans une mystique de l'intelligence
supérieure et de la science qui prit curieusement souche dans l'Indochine
coloniale sous le nom de Caodaïsme, en y annexant Confucius.
La théologie
chrétienne veut que la foi soit un don de la grâce dont la nature ne se discute
pas. Libre à chacun d'y croire.
Dans les
affaires du monde, nous sommes, mes frères et sœurs, à des degrés divers,
absolument tous impliqués. Puissions-nous tous en être profondément convaincus
! Sans le respect rigoureux des Droits de l'Homme et du Citoyen qu'il
convient non seulement de défendre mais de compléter, il n'existe pas de démocratie.
Le nombre ne garantit pas automatiquement la raison car on a vu et voit encore
des sociétés fonctionner à partir de dogmes religieux et de données soi- disant
scientifiques totalement aberrantes. La terre a été plate et Giordano BRUNO est
mort pour la pluralité des mondes.
Le Courant
Maçonnique, toutes obédiences confondues, a véhiculé, jusque dans un passé
récent, en toute cohérence avec ses origines, le postulat d'un dieu unique et
créateur.
Dans une
première tentative, non pas de laïcisation mais de neutralisme à l'égard des
religions du Livre, le Grand Orient de France, puisant dans la symbolique
élémentaire, a fait, pendant un temps, appel à la notion de Grand Architecte de
l'Univers. Il laisse aujourd'hui chacun se déterminer selon sa conscience mais
il semble qu'une fraction importante des frères y soit attachée. Il faut dire
que la matière qui a constitué l'objet des études déjà effectuées sur le
symbolisme et l'ésotérisme et dans laquelle puise la recherche actuelle, prend
en compte ce principe. Notre Obédience respecte toutes les convictions si elles
ne contreviennent pas au projet humaniste qui place l'homme en son centre. Dès
l'origine, l'organisation sociale régie par des codes, l'homme l'a conçue parce
qu'elle lui était indispensable pour déterminer un premier espace mental et s'y
situer afin de faciliter son auto- identification: l'ego par rapport aux
autres.
Toutes
réflexions faites, l'histoire n'est pas un éternel recommencement mais une
constante; celle de la structure mentale de l'homme dans laquelle il faut
distinguer absolument, d'une part, l'état d'évolution intellectuelle et
technologique, et d'autre part, le degré de grégarité et le comportement social
qui en résulte:
L'un
dépend des facultés d'une mémoire accumulative et syncrétique que nourrit et
qui nourrit l'expérience et, par divers moyens, la transmet. Malgré certaines
fractures dans le temps, cette fonction est génétiquement irréversible.
L'autre est conjoncturel. Il est
perpétuellement soumis au verdict d'une suite ininterrompue de Combats livrés
pour la satisfaction immédiate des pulsions ou leur socialisation positive. Ce comportement
détermine, à l'échelle des individus comme à celle des nations, des alternances
dont les périodes sont inégalement réparties entre refoulement socialisé,
libération partielle ou totale des instincts prédateurs (ceux de possession, de
pouvoir, de mort et de défi), et les élans altruistes inspirés d'une mystique
expiatoire, messianique ou d'une philosophie humaniste. Le charisme des meneurs
n'est autre que la résonance des phantasmes et des désirs du moment qu'ils
personnifient, s'affirmant comme les seuls à pouvoir les réaliser. Qu'elle est
longue la liste des hommes providentiels! Qu'elle est courte la mémoire des
peuples!
Ainsi naissent
et meurent les sociétés humaines dont les unions ou les conflits façonnent
l'Histoire.
Pour achever
provisoirement cette planche, j'utiliserai plutôt le mot "ouverture":
ouverture sur le temps qu'il nous reste à vivre, ouverture sur celui qui reste
à l'aventure l'humaine.
Je retire de ma
réflexion la conviction intime que nous sommes tous, mes frères et sœurs, des
êtres cosmiques au même titre que la moindre particule dans un univers à
découvrir et je livre à votre méditation cette pensée inspirée du Soufisme:
" Un
battement d'aile de papillon a son incidence sur la vibration d'une
étoile."